Au sein de Soffal, cabinet d’avocats intégré au groupe pluridisciplinaire Coffra group, Françoise Sitterlé, associée et Lucas Stutzmann, collaborateur, accompagnent des entreprises, majoritairement internationales, dans des contextes de restructuration complexes. Forts de leur expertise auprès des entreprises en difficulté et concernant les différences culturelles franco-allemandes, ils plaident pour une approche anticipée et pédagogique des situations de crise.
Françoise Sitterlé (Soffal by Coffra Group) : "Les groupes sont de plus en plus enclins à adopter des mesures préventives"
Décideurs. Pouvez-vous nous expliquer comment votre pratique juridique s’intègre au sein de Coffra group ?
Françoise Sitterlé. Soffal est la branche avocats de Coffra group, une structure pluridisciplinaire qui réunit également des experts-comptables (Sofradec) et des commissaires aux comptes (Coffra Audit). Ce modèle, rendu possible par la loi Macron de 2015, nous permet de proposer aux clients un accompagnement global en droit, fiscalité, audit et expertise-comptable.
La pratique de notre équipe est résolument tournée vers les relations d’affaires internationales – en particulier franco-allemandes. En effet, nous intervenons au soutien de groupes internationaux, , dans l’organisation juridique de leurs filiales françaises. Plus particulièrement, nous sommes spécialisés dans les dossiers de restructuring transnationaux complexes qui exigent une expertise à 360°. Notre force réside dans notre capacité à croiser les expertises pour une approche proactive, personnalisée et globale.
Comment le monde franco-allemand influence-t-il votre pratique du restructuring ?
F. S. Nous accompagnons principalement des groupes issus du Mittelstand – des entreprises familiales allemandes, indépendantes, attachées à une vision sur le long terme. Cette culture influence notre manière de travailler : les échanges avec les dirigeants sont directs, basés sur la confiance et la franchise. Cela permet un dialogue fluide avec les intervenants et une mise en œuvre plus efficace des opérations de restructuration.
Nous apportons aussi une expertise spécifique dans la gestion des différences juridiques et culturelles entre les deux pays, ce qui est essentiel pour garantir la réussite des restructurations transfrontalières.
"Le droit français est moins souple quant à la responsabilité du dirigeant" Lucas Stutzmann
Pour faire face aux restructurations, constatez-vous des différences de réaction entre acteurs français et allemands ?
Lucas Stutzmann. Oui, les différences sont notables. En Allemagne, lorsqu'une entreprise est en difficulté, il est fréquent que le dirigeant cède rapidement la gestion à un administrateur judiciaire (Insolvenzverwalter) et qu’il recrée, éventuellement, une nouvelle structure en parallèle. Cette logique de rebond est bien ancrée culturellement.
En France, une telle attitude pourrait entraîner de lourdes conséquences notamment sur la responsabilité du dirigeant. Le droit français est moins souple en la matière. C’est là que notre rôle est crucial : nous assurons une médiation entre le client étranger et les acteurs de la procédure collective française. Notre mission consiste à vulgariser les enjeux du droit français, et à accompagner nos clients pas à pas sur l’ensemble du processus, pour garantir un redressement viable ou un plan de cession maîtrisé.
En matière de restructuration et de prévention, quels sont les effets de la conjoncture actuelle ?
F. S. Depuis la crise sanitaire et la fin du "quoi qu’il en coûte", nous observons une recrudescence des restructurations, notamment préventives. Le secteur automobile, le bâtiment, mais aussi le retail sont particulièrement affectés.
Les groupes sont de plus en plus enclins à adopter des mesures préventives ou à solliciter la protection du tribunal de commerce, dans une logique moins tournée vers la performance économique que vers la sauvegarde. Il est essentiel d'adapter la stratégie en fonction du contexte et d’accompagner efficacement ces transitions, qu’elles soient subies ou anticipées.
"L’instabilité économique, la hausse des coûts de financement et la prudence ambiante poussent les entreprises à rationaliser" Françoise Sitterlé
Cela veut-il dire que les solutions amiables sont aujourd’hui mieux mobilisées ?
L. S. Elles progressent, mais demeurent encore trop peu utilisées. Les dispositifs comme le mandat ad hoc, la conciliation ou même l’intervention du CIRI sont puissants, mais souvent méconnus, notamment des groupes internationaux.
En Allemagne par exemple, les chefs d’entreprise ont un lien très fort avec leurs banques. En France, cette culture est moins présente. Nous avons donc un rôle pédagogique essentiel pour expliquer ces outils et convaincre de leur efficacité dès les premiers signes de difficulté.
Quelles perspectives voyez-vous à moyen terme ?
F. S. Le restructuring restera central dans les deux prochaines années. L’instabilité économique, la hausse des coûts de financement et la prudence ambiante poussent les entreprises à rationaliser, fermer certaines filiales ou centraliser certaines fonctions, notamment les fonctions support.
Le retour à la performance passera par des politiques de relance lisibles, capables de redonner confiance aux entreprises. En attendant, notre mission est d’accompagner les dirigeants dans cette période charnière en sécurisant les décisions et en optimisant les structures.
Dans ce contexte, il ne faut pas oublier que le restructuring est avant tout une affaire humaine. Nous avons vu des cas où des dirigeants envisageaient d’abandonner un site de 400 salariés, par méconnaissance des mécanismes juridiques français. Notre connaissance des cultures et des règles juridiques nous permet d’apporter une vision lucide et des solutions concrètes tout en préservant l’intérêt de nos clients . C’est précisément là que réside notre valeur ajoutée.
Propos recueillis par Béatrice Constans


