En 2024, la France a connu une hausse de 28 % des défaillances d’entreprises, atteignant 68000 cas, un niveau bien supérieur à celui d’avant la crise sanitaire. Les PME et ETI, particulièrement vulnérables, sont les plus touchées, notamment dans les secteurs de l’immobilier, de la construction et de l’automobile, fragilisés par la hausse des taux d’intérêt et la baisse des commandes. Alors que 260000 emplois ont été menacés, les perspectives pour 2025 restent incertaines avec une crise qui peine à se résorber.

Triste réalité. Le bilan publié début janvier 2025 par BPCE L’Observatoire comptabilisait un nombre de défaillances d’entreprises jamais atteint depuis quinze ans. Il faut remonter à la crise de 2009 pour retrouver un taux aussi élevé (graphique 1). Les finances des sociétés sont également inquiétantes, deux fois plus d’entreprises étaient à découvert début 2024 par rapport à début 2020, avant la pandémie. Selon l’étude "Défaillances et sauvegardes des entreprises en France, trimestre 4 et bilan 2024", réalisée par Altares, la moyenne nationale fait état de 10 % de cas de défaillances d’entreprises en plus par rapport à 2023 et de 28 % par rapport à 2019. La croissance économique a végété entre 0,9 et 1,1 % et seulement 47 000 emplois privés ont été créés au cours de l’année. Ce volume est légèrement poussé par la demande publique et l’effet du commerce extérieur. La croissance et la création d’emploi ont profité essentiellement aux grandes entreprises, laissant en difficulté les TPE-PME, premières victimes de cette vague de défaillances.

 

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Les PME-ETI en première ligne

Les sociétés les plus ébranlées ont de loin été les PME-ETI. Les défaillances présentent une augmentation de 51 % par rapport à l’année de référence de 2019, tandis que celles des entreprises de moins de 3 salariés n’ont augmenté que de 25 %. Les défaillances des ETI ont, quant à elles, connu la plus forte augmentation entre 2019 et 2024 avec 57 % d’augmentation, passant de 108 ETI de plus de 100 salariés en situation de défaillance en 2019 à 170 l’année dernière. Les PME des secteurs de l’hébergement et de la restauration, particulièrement soutenus par l’État durant la pandémie, continuent de souffrir. L’inquiétude provient également de l’âge des entreprises en défaillance. Seulement 18 % d'entre elles concernent des start-up. En revanche, les PME de 6 à 10 ans sont passées de 21 % des défaillances en 2019 à 29 % en 2024.

 

Une exposition territoriale hétérogène

Néanmoins, cette crise n’est pas comparable sur tout le territoire. Certaines régions s’en sortent bien. La Lorraine et la Champagne-Ardenne parviennent à contenir la hausse sous les 10 % entre 2019 et 2024. De même pour la Corse, qui a retrouvé des chiffres analogues à la période précédant la pandémie. D’autres régions, au contraire, sont marquées par cette vague (graphique 2). L’Aquitaine est en première place avec une augmentation de 43 % des défaillances d’entreprises entre 2019 et 2024, suivie de près par la région Midi-Pyrénées, qui atteint 42 %. En troisième et quatrième position, on retrouve l’Île-de-France et le Poitou-Charentes, avec des chiffres atteignant 39 % et 38 %. Une différence qui s’explique par la spécification sectorielle des régions, notamment dans les secteurs agricoles. La crise qui a traversé le secteur ces dernières années a particulièrement affecté les PME dans le Grand Sud-Ouest, avec une augmentation par rapport à 2019 de 46 % pour la région Midi-Pyrénées, 87 % pour l’Aquitaine et 101 % pour la région Poitou-Charentes.

 

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Une trésorerie qui se tarit

Avec la hausse des taux d’intérêt qui a suivi la spirale inflationniste, la situation de trésorerie des entreprises a été malmenée. L’investissement continue de baisser après le rebond post-covid. Il a atteint son plus bas niveau depuis la pandémie, approchant les 31 % de moins qu’au cours du premier trimestre  2020, juste avant le début de la crise, selon le baromètre Bpifrance Le Lab-Rexecode. Ces tensions sont amplifiées par l’arrivée à échéance des PGE octroyés par le gouvernement lors de la stratégie du "quoi qu’il en coûte" pour sauver les entreprises durant la pandémie. Selon une étude du Conseil d’analyse économique de juin 2024, 7,5  % des entreprises ayant contracté un PGE sont "à risque" avec une estimation de perte à 4 %, bien que la majorité de ces prêts aient été remboursés.

 

Fin de la trêve ?

Un grand nombre de ces défaillances concernent des entreprises maintenues à flot grâce aux PGE dont les dernières mensualités doivent se terminer en 2026. Après une période de relative accalmie, la fin des aides et la hausse des taux d’intérêt ont provoqué une augmentation rapide des cessations d’activité. Entre 2020 et 2021, le nombre de défaillances d’entreprises a été exceptionnellement bas, 28 000 cas ont été enregistrés en 2021. Près de 55 000 défaillances supplémentaires ont donc été répercutées sur les années suivantes.

 

Secteur immobilier : quand la pierre flanche

Ce phénomène, bien que prévisible, s’est avéré plus brutal pour certains secteurs, comme la construction et l’automobile. Le rattrapage a notamment affecté les petites entreprises de moins de 3 salariés, en particulier dans le secteur immobilier, en nette augmentation depuis un an. En 2024, pas moins de 17 538  défaillances ont été enregistrées dans ce domaine, en hausse de 36 % par rapport à 2019. Parmi celles-ci, 1 232 concernent des agences immobilières, soit une augmentation spectaculaire de 225 % depuis 2019. La baisse de l’activité dans le neuf comme dans l’ancien secoue le secteur et contribue à augmenter le nombre de défaillances. Ce phénomène marque également le sous-secteur du bâtiment et de la construction. Seul, le sous-secteur des transactions dans l’ancien ne suit pas la tendance générale, enregistrant une stagnation des défaillances depuis deux ans.

 

Le secteur automobile en panne sèche

Le secteur automobile est également en souffrance et n’échappe pas à la vague d’entreprises en difficulté, touchant aussi bien les grands groupes que les PME et ETI dans tous les sous-secteurs (graphique 3). Les déboires de Stellantis ou de Volkswagen en Allemagne ont des répercussions sur les PME et ETI françaises et expliquent en partie les 2 764 défaillances dans le secteur automobile. Les fermetures d’usines de Valeo, Bosch et Michelin ont également jeté un froid sur le tissu de sous-traitants français. Une crise dont les raisons restent alarmantes avec la concurrence des véhicules électriques chinois et le manque d’investissement en France. Ces facteurs combinés à la baisse du pouvoir d’achat aggravent encore plus la situation. Le nombre de véhicules neufs a baissé de 3 % par rapport à l’année dernière et de 22 % par rapport à 2019. La vente des voitures électriques, qui portait tous les espoirs de la filière, a également connu un coup d’arrêt en 2024 avec un recul de 2,2 % par rapport à 2023.

 

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Encore une année noire en 2025

L’année  2025 s’annonce encore difficile, avec une estimation de 68 000 défaillances d’entreprises, selon BPCE L’Observatoire. Les emplois menacés devraient atteindre 240 000, un chiffre légèrement inférieur à 2024. Si la situation semble se stabiliser pour les PME-ETI, notamment dans le secteur de la sous-traitance, le risque de contagion, en particulier aux plus petites entreprises, reste élevé. La diminution du nombre de défaillances n'interviendrait pas avant 2026, laissant présager une période prolongée de fragilité économique. L’année 2025 devrait ressembler en tout point à 2024 pour le nombre de défaillances d’entreprises, et les perspectives risquent de se détériorer davantage au cours de l’année. Avec une prévision de 40000  emplois détruits en 2025, il faudra compter sur une augmentation de la consommation des ménages pour atténuer les effets de la crise.

Lucas Simonnet

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