Portés par des avantages comparatifs forts, les family offices séduisent dirigeants et actionnaires. Une montée en puissance qui redistribue les cartes sur le marché du capital-investissement et contraint les fonds à repenser leurs actions alors que les actifs de qualité se raréfient.

Longtemps partenaires des fonds d’investissement, les family offices s'invitent désormais sur leur terrain de jeu. À mesure que leur nombre augmente et que leurs équipes se structurent, ils s’imposent comme des investisseurs directs capables de concurrencer les sociétés de gestion et ne se positionnent plus uniquement comme des souscripteurs.

Selon une étude de Deloitte, ils seraient aujourd’hui 8 000 à travers le monde et pourraient atteindre 10 000 à horizon 2030. En 2025, d’après S&P Global, leurs investissements directs atteignaient 13 milliards de dollars soit le double de l’année précédente. L’Europe s’affirme comme la deuxième zone d’investissement avec 5,2 milliards de dollars répartis sur 34 opérations, derrière le Canada et les États-Unis qui concentre 6,5 milliards de dollars pour 84 transactions en 2025.

En France, le capital-investissement s’impose comme la première classe d’actifs dans les allocations des familles, représentant 37,5 % de leurs investissements. Il devance largement les actions cotées (17,3%), l’immobilier (12,8%) ou la dette privée (10,8 %) selon une étude d’EY et l’Association Française des Family Offices (AFFO). Certains mastodontes, comme Tethys, le family office des Bettencourt, fort de ses 70 milliards d’euros sous gestion, ou Dentressangle ont créé leurs propres véhicules d’investissement entièrement dévolus au private equity.

Au-delà de ces chiffres se dessine une transformation profonde : les family offices ne cherchent plus seulement à investir dans les fonds, mais à participer directement à la création de valeur. Mais alors quels avantages offrent-ils pour être en mesure de concurrencer les fonds ?

Vision plus long-terme

Par nature, les family offices bénéficient d’une structuration différente de celle des fonds d’investissement qui leur permet de rester plus longtemps au capital de leurs participations. Qu’il s’agisse de leurs capitaux familiaux propres pour des structures comme Tethys ou de celuil d’investisseurs particuliers comme les multi family offices, ils ne sont pas soumis aux contraintes de liquidité ou aux échéances de restitution de capital qui caractérisent les fonds fermés et les poussent à céder régulièrement leurs participations pour remonter des liquidités à leurs LP’s. Là où les fonds restent en majorité 5 à 7 ans au capital d’une entreprise, les family offices peuvent demeurer au capital une décennie ou plus si nécessaire. Cette caractéristique peut rassurer les dirigeants au moment de choisir leurs partenaires financiers et constitue une des principales forces des family offices dont l’image est moins associée à une recherche de rentabilité immédiate ou au culte du multiple.

« Les family offices réinvestissent leur success money, ils ont une renommée qui les légitime et les crédibilise », Igor Doumenc, associé de Yards

Pourtant, à en juger les dernières cessions réalisées par Dentressangle capital, le family office est resté entre quatre et huit ans au capital de ses dernières participations, guère plus qu’un fonds d’investissement classique. Ces structures familiales disposent donc d’autres arguments pour convaincre les dirigeants. Igor Doumenc, associé au sein du cabinet Yards, fournit quelques indices : « Les family offices réinvestissent leur success money, ils ont une renommée qui les légitime et les crédibilise. Les entrepreneurs se reconnaissent en eux, ils partagent la même vision et le même langage. Ils se comprennent très bien, puisque l’investisseur connait le quotidien du dirigeant, ce qui le rend potentiellement plus bienveillant. »

Avec la constitution de véhicules spécialisés en private equity, les family offices se structurent aussi comme des fonds et peuvent apporter des expertises similaires, voire parfois plus concrètes selon les secteurs d’activité. Le président d’un des principaux fonds de mid-cap français le concède : « Les family offices offrent d’autres garanties aux entreprises, notamment en termes de longévité au capital. En fonction du profil du dirigeant cela peut les charmer. En 2025 nous avons perdu plusieurs dossiers face à eux. » Que reste-t-il alors aux fonds pour faire face à cette vague de nouveaux acteurs ?

Quels arguments pour les fonds ?

Face à cette concurrence croissante sur les opérations de small-cap comme sur des opérations de plus en plus valorisées, les fonds d’investissements se structurent pour consolider leurs avantages comparatifs. En mettant en place des véhicules sectoriels, ils développent des expertises clés qu’ils pourront apporter à leurs participations pour favoriser leur croissance. Des connaissances qui s’autoalimentent grâce à leurs prises de participation successives. Certains proposent également, progressivement, des fonds evergreen, ouverts en permanence à la souscription, afin de capter les liquidités des investisseurs particuliers qui font la force des family offices.

Par leur présence internationale, la majorité des fonds disposent également de réseaux susceptibles de faciliter les stratégies de croissance externe de leurs participations

Par leur présence internationale, la majorité des fonds disposent également de réseaux susceptibles de faciliter les stratégies de croissance externe de leurs participations ou la constitution de plateformes sectorielles. Selon le profil du dirigeant et le stade de développement de l’entreprise, ces avantages peuvent faire mouche tout comme la capacité financière des fonds. La taille des tickets qu’ils peuvent investir est généralement plus élevée et permet aux dirigeants de bénéficier des dispositifs de management packages plus attractifs que dans le cadre de transactions réalisées par des family offices.

Co-investissement plutôt que concurrence frontale

Si la concurrence est réelle, des co-investissements entre fonds d’investissement et family offices émergent afin de combiner le meilleur de chaque modèle, avec d’un côté, des expertises sectorielles clés et de l’autre, des capacités de financement massives. Comme le souligne un associé de cabinet de conseil spécialisé dans l’accompagnement de dirigeants, qui préfère garder l’anonymat : « Certains family offices ont atteint une telle taille que les fonds d’investissement n’ont pas d’autres choix que de les associer comme actionnaires minoritaires sur certaines opérations pour conclure le deal. »

La véritable question n'est donc peut-être plus de savoir si les family offices concurrencent les fonds, mais plutôt comment ils en redessinent les règles du jeu. Dans un marché où l'accès au capital tend à se banaliser, la bataille se déplace progressivement vers la qualité de l'accompagnement, l'expertise sectorielle et la capacité à créer durablement de la valeur. Les fonds conservent des atouts majeurs, mais les family offices sont devenus des acteurs à part entière du private equity.

Tom Laufenburger

 

Newsletter Flash

Pour recevoir la newsletter hebdomadaire de Décideurs CF, merci de renseigner votre mail

GUIDE ET CLASSEMENTS

Autopromo site Module Guide Immo 300