Dans un contexte de marché moins porteur, mais toujours résilient, Vincent Marinet, directeur général de France Invest, expose les priorités de la profession et de l’association, notamment à l’approche du scrutin électoral de 2027. Il revient sur les conclusions du rapport parlementaire consacré aux pratiques prédatrices attribuées à certains fonds d’investissement et sur leurs répercussions sur le capital-investissement français.
Vincent Marinet (France Invest): "À l'approche de la présidentielle, nous souhaitons rappeler la contribution du private equity à l'économie française"
Décideurs. Quels sont aujourd’hui les principaux chantiers de France Invest pour soutenir le développement du capital-investissement ?
Vincent Marinet. La défense et la promotion de l’ensemble de la profession sont au coeur de notre mission. Nous travaillons chaque jour à l’amélioration du cadre réglementaire afin de créer des conditions favorables au financement et l’accompagnement des entreprises. Cette action passe par une meilleure valorisation du rôle joué par nos adhérents dans l’économie. Ils accompagnent les entreprises à chaque étape de leur développement, de l’amorçage à la transmission, et leur activité ne se limite pas au private equity puisqu’ils interviennent également dans les infrastructures et la dette privée. Notre objectif est de mieux faire comprendre l’apport économique de la profession, encore parfois méconnu, et de favoriser un environnement propice à son développement.
Le marché du private equity traverse une période plus complexe qu’au cours de la décennie précédente. Quels défis identifiez-vous aujourd’hui ?
Le contexte est effectivement moins favorable qu’il ne l’a été par le passé. Pour autant, notre étude d’activité et notre étude de performance montrent que le secteur demeure particulièrement résilient et performant. Les niveaux d’investissement et les performances restent soutenus, témoignant de la robustesse du modèle. Le principal défi concerne bien sûr la liquidité. Les opérations de cession sont plus difficiles, ralentissant le retour des capitaux aux investisseurs. Face à cette situation, la profession fait preuve d’une grande capacité d’adaptation. L’essor du marché secondaire l’illustre parfaitement, les fonds de continuation s’étant fortement développés. Ce phénomène permet de prolonger l’accompagnement des entreprises performantes tout en recréant de la liquidité pour les investisseurs. Cette dynamique nous a d’ailleurs conduits à créer chez France Invest un Club secondaire. L’autre enjeu majeur concerne les levées de fonds, dont la durée peut s’allonger. Les grandes plateformes bénéficient aujourd’hui d’une visibilité accrue, notamment à l’étranger, ce qui leur confère un avantage significatif. Une question de taille critique commence à émerger dans le secteur, mais, pour les acteurs de taille intermédiaire, la spécialisation apparaît comme un facteur de différenciation et d’attractivité auprès des investisseurs. Et in fine les décisions des investisseurs se prennent au cas par cas et s’appuient avant tout sur les performances des gérants.
"L’objectif est de mieux faire connaître la contribution du capital-investissement à l’économie française".
Quelles initiatives France Invest entendelle porter dans les prochains mois ?
À l’approche de l’échéance présidentielle de 2027, notre priorité a été la rédaction d’un manifeste destiné à porter les propositions de la profession dans le débat public. L’objectif est de mieux faire connaître la contribution du capital-investissement à l’économie française. Nos membres accompagnent plus de 11 000 à travers le monde et près de 8 500 entreprises en France, ces dernières représentant près de 2,5 millions d’emplois. Au cours des cinq dernières années, elles ont contribué à la création nette de 300 000 emplois. Ces résultats démontrent la capacité du capital-investissement à soutenir durablement la croissance des entreprises et l’économie française. Après la publication de notre étude d’activité et de notre analyse consacrée au venture et au growth, nous avons également dévoilé, le 25 juin dernier, notre étude de performance. Ces travaux permettent à la profession d’identifier les grandes tendances du marché et de nourrir son dialogue avec les pouvoirs publics en l’appuyant sur des chiffres plutôt que sur des opinions. Nous renforçons par ailleurs nos clubs et commissions métiers. Leur rôle est double : favoriser les échanges entre professionnels confrontés aux mêmes enjeux et produire des outils pratiques à destination du marché.
Votre manifeste s’articule autour de trois grands axes : souveraineté, prospérité et attractivité. Que recouvrent-ils ?
Le premier axe concerne la souveraineté économique et financière. Il s’agit de permettre aux entreprises françaises de disposer des financements nécessaires à leur développement, notamment dans les secteurs stratégiques (énergie, défense, technologie, etc.) Nous abordons également les enjeux liés à l’innovation, à l’intelligence artificielle et à la transition énergétique, qui doivent être considérés comme des vecteurs de compétitivité et de croissance. Le deuxième axe est celui de la prospérité. Une meilleure allocation de l’épargne peut permettre de générer davantage de valeur pour les épargnants tout en soutenant le développement économique. Cette réflexion englobe la retraite par capitalisation, qui présente un triple intérêt : contribuer à la pérennité du système de retraite, financer les entreprises et renforcer la souveraineté du pays. Enfin, l’attractivité repose sur un cadre réglementaire et fiscal stable, ainsi que sur une meilleure intégration du marché financier européen. Les investisseurs ont besoin de visibilité pour s’engager sur le long terme. Il est donc essentiel qu’ils puissent engager des capitaux dans un environnement dont les règles demeurent prévisibles sur la durée de leurs investissements.
"Naturellement, nous sommes favorables aux politiques qui encouragent l’investissement, l’entrepreneuriat et l’innovation".
Existe-t-il aujourd’hui un programme politique particulièrement aligné avec les attentes de votre profession ?
Nous échangeons avec l’ensemble des formations politiques et ne soutenons aucun candidat en particulier. Nous sommes avant tout des acteurs économiques. Notre rôle est essentiellement pédagogique : il consiste à expliquer ce que fait la profession, ce qu’elle apporte à l’économie française et les conditions nécessaires à son développement. Naturellement, nous sommes favorables aux politiques qui encouragent l’investissement, l’entrepreneuriat et l’innovation. Nous demeurons également vigilants sur toute mesure susceptible d’alourdir la fiscalité pesant sur les investisseurs, qui affecterait la capacité de financement des entreprises et donc l’économie française.
Quel regard portez-vous sur le rapport parlementaire consacré aux pratiques prédatrices imputées à certains fonds d’investissement ?
Notre première réaction a été une forme de déception. France Invest a participé aux travaux de la commission d’enquête. Notre présidente a été auditionnée et nous avons transmis de nombreuses données factuelles destinées à documenter l’impact économique du capital-investissement. De nombreux professionnels du secteur, mais aussi des dirigeants d’entreprise, ont également été entendus. Mais nous avons le sentiment que l’ensemble de ces éléments n’a pas été pris en compte dans les conclusions du rapport. Nous regrettons donc que certains constats établis à partir de données objectives n’y figurent pas davantage.
Craignez-vous que ce rapport débouche sur un durcissement de la fiscalité applicable aux opérations de LBO ?
Nous suivons naturellement ce sujet avec la plus grande attention. Plusieurs propositions ont été formulées, mais peu nous paraissent réalistes ou applicables. Comme chaque année, nous serons particulièrement vigilants lors des discussions du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Notre mobilisation est constante sur ces sujets qui demeurent essentiels à la compétitivité et à l’attractivité de la place française.
Propos recueillis par Alexandre Lauret


