Dans un secteur où les engagements climatiques s'effacent progressivement dans la hiérarchie des priorités, Siparex fait le chemin inverse. Le fonds lyonnais vient d'obtenir la reconnaissance de sa méthodologie d'évaluation climatique par l'Ademe, une première dans l'univers du capital-investissement.

"Le secteur financier manque aujourd'hui d'outils opérationnels, simples à prendre en main par les investisseurs comme par les dirigeants, pour élaborer des plans de transition climatique à la fois robustes et créateurs de valeur." Un constat dressé par Antoine Joint, directeur Climat & Operating Partner de Siparex.  C’est précisément pour y répondre que le fonds a conçu le programme FACT.

Siparex s’accroche

Le programme développé par Siparex prend la forme d’une grille de 25 questions couvrant, entre autres, l’engagement, la décarbonation et la gouvernance des entreprises du fonds, évaluées selon cinq niveaux de maturité. À l'issue du diagnostic, une cinquantaine d'actions concrètes permettent de constituer une feuille de route. Le score est établi à l'entrée au capital, puis actualisé chaque année dans le cadre de la campagne ESG. Ce dispositif vient d’être validé par Ademe ACT Solutions à l'issue d'une revue critique indépendante. Siparex devient ainsi le premier fonds d'investissement à franchir cette étape. Fondé il y a 48 ans, Siparex, acteur indépendant français du capital-investissement, gère 4,3 milliards d'euros d'actifs et intervient à tous les stades de développement des entreprises. Très présent en région, le fonds déploie, de longue date, une culture de l’impact dans ses participations, et ce, sur l’ensemble du territoire.  

Les montants investis dans la transition écologique par le private equity français marquent le pas depuis 2024.

Un secteur qui décroche

L'initiative s’inscrit dans un contexte de reflux. Selon France Invest, les montants investis dans la transition écologique par le private equity français marquent le pas depuis 2024, se stabilisant à 2,4 milliards d'euros après une année 2023 record. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et l'inflexion de la réglementation américaine ont découragé de nombreux acteurs, qui ont freiné leurs démarches de transformation. Dans ce contexte de prudence généralisée, la démarche de Siparex tranche — et rappelle que la professionnalisation du secteur sur le climat n’est pas vouée à reculer.

Un label menacé

Obtenir la reconnaissance de l'Ademe n'est pas une formalité, loin s’en faut. L'agence est sous le feu des critiques politiques. Un avant-projet de loi sur la décentralisation, attendu en Conseil des ministres le 13 mai, prévoit notamment d'intégrer ses délégations régionales au sein des DREAL, sous l'autorité des préfets. Depuis 2024, les attaques se multiplient à droite comme à l'extrême droite. Le RN a même proposé la suppression de l’agence. Mobilisés depuis décembre, les syndicats de l’Ademe alertent sur un risque de perte d'efficacité et d'indépendance en cas d’adoption du projet de loi. Une indépendance qui donne pourtant toute sa valeur au label. La question de la mesure de l'impact a toujours été le talon d'Achille de la finance durable.Si les garants de cette mesure sont eux-mêmes fragilisés, c'est tout l'édifice de la crédibilité climatique du secteur qui vacille.

 

C.T.

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