Longtemps perçu comme une solution de repli en période de ralentissement des sorties, le marché secondaire s’impose désormais comme une stratégie à part entière du private equity. En 2025, les transactions sur ce marché atteignent un niveau record de 233 milliards de dollars, porté par l’essor des opérations GP-led et des fonds de continuation.
Porté par les GP-led, le marché secondaire atteint un sommet historique
Entre le retour des premières allergies et la persistance des épidémies de grippe, en cette fin d’hiver 2026, le marché secondaire se porte, lui, comme un charme. Selon l’enquête publiée par Lazard, il a explosé en 2025 pour atteindre un volume de transactions estimé à 233 milliards de dollars, soit une hausse de 53 % par rapport à 2024, qui constituait déjà une année record.
Véritable « Bourse » du private equity, ce marché, qui permet aux fonds ou à leurs souscripteurs de céder leurs actifs avant l’échéance de détention, connaît un vrai engouement de la part des GPs comme des LPs. Longtemps considéré comme un marché de substitution, il ne s’activait vraiment que dans des phases de ralentissement des opérations de fusions-acquisitions ou d’IPO. Historiquement dominé par des opérations mises en œuvre par des LPs désireux de dégager rapidement des liquidités en cédant leurs portefeuilles à d’autres investisseurs, le segment a progressivement évolué au profit des opérations GP-led. En 2025, ces dernières représentent 50 % des volumes de transactions sur le marché secondaire.
Dans la boîte à outils des fonds
L’étude de Lazard montre aussi que la perception traditionnelle du secondaire comme « solution de repli » appartient désormais au passé. Le marché s’est imposé, au même titre que les opérations de M&A, les build-up ou encore les IPO, comme une opportunité transactionnelle à part entière dans la boîte à outils des fonds.
"Le marché secondaire constitue une option de liquidité complémentaire au M&A, et non une alternative. La croissance exceptionnelle du marché secondaire en 2025, alors même que celui du M&A a repris, l’illustre ", souligne Marion Cossin, Managing Director à la tête de l’équipe Secondary Advisory de Lazard à Paris.
Les chiffres confirment cette montée en puissance. En 2025, les transactions de M&A entre corporates ont progressé de 38 % en valeur et les build-up de 65 %, tandis que les IPO ont augmenté de 48 % en volume. Les opérations sur le marché secondaire ont suivi la même dynamique, affichant une hausse de 61 % pour les opérations menées par les GPs et de 47 % pour celles engagées par les LPs. La reprise du M&A, notamment des méga-deals, n’a donc en rien freiné l’essor du secondaire.
68 % des transactions ont été réalisées outre-Atlantique, contre 26 % en Europe et 5 % en Asie.
Les fonds de continuation en tête
En 2025, les fonds de continuation ont concentré l’essentiel de l’activité GP-led, représentant 86 % des volumes totaux. Les opérations portant sur un seul actif ont été les plus nombreuses (environ 53 %), soutenues par la recherche d’actifs de grande qualité. Les fonds multi-actifs, quant à eux, ont capté près d’un tiers du marché (33 %), en réponse aux impératifs de diversification des investisseurs. "Lorsqu’un GP détient un actif présentant encore un fort potentiel de croissance et que la relation avec le management fonctionne bien, privilégier un fonds de continuation plutôt qu’une cession à un concurrent est parfaitement cohérent », complète Marion Cossin.
Sur le plan géographique, le marché secondaire est, comme les autres segments du private equity, plus dynamique aux États-Unis qu’en Europe. Cette situation s’explique notamment par le volume de liquidités disponibles en Amérique du Nord : 68 % des transactions ont été réalisées outre-Atlantique, contre 26 % en Europe et 5 % en Asie. Le secondaire bénéficie également du développement du marché retail et des fonds evergreen. "Aujourd’hui, la plupart des fonds levés pour le marché secondaire collectent auprès d’institutionnels, certes, mais aussi auprès d’investisseurs retail", observe Marion Cossin. L’association entre capitaux retail et stratégies secondaires présente plusieurs atouts : des montants disponibles plus importants, un rythme de déploiement plus rapide – afin de répondre aux exigences de liquidité des investisseurs particuliers – et des objectifs de rendement souvent plus modérés pour ce profil d’investisseurs.
Des prix proches de la NAV
Sur le front des valorisations, la décote est moins la norme. En 2025, 67 % des transactions single-asset ont été réalisées à un prix supérieur à 95 % de la valeur liquidative (NAV).En parallèle, le recours aux mécanismes de report de prix a nettement progressé en 2025, tant en nombre de transactions qu’en durée de paiement. Près d’un quart des transactions GP-led intègrent désormais un paiement différé supérieur à 50 % . La tranche de paiement comprise entre six et douze mois, la plus courante en 2024, représente à présent 51 % des transactions incluant un report, tandis que les échéances plus courtes ont reculé de 7 %. Une tendance susceptible de s’inscrire dans la durée, dans un contexte où acheteurs et vendeurs peinent parfois à s’accorder sur les valorisations.
Pour les années à venir, tout indique que le marché secondaire s’installera durablement comme une classe d’actifs à part entière. En témoignent la levée record de 30 milliards de dollars réalisée par Ardian en janvier 2025 ou, plus récemment, l’annonce par Meridiam d’un fonds de continuation de 2,2 milliards d’euros dédié aux infrastructures. L’intensification de la concurrence entre investisseurs pourrait favoriser une spécialisation sectorielle accrue, avant tout, un levier stratégique pour se différencier sur un marché secondaire toujours plus compétitif.
Céline Toni


