Après une année marquée par un marché du private equity resserré autour d’un nombre restreint d’opérations tirées par une hausse de leurs valeurs, les fonds d’investissement aiguisent leurs couteaux pour conquérir de nouvelles cibles. Au cœur des débats publics, la recomposition industrielle et les besoins de souveraineté qu’elle entraîne consacrent le capital-investissement comme un acteur central de transformation des économies.
Private equity : les grandes tendances qui façonneront 2026
Un nouveau cru, présage de reprise en fanfare ou d’année en dents de scie pour le capital-investissement ? En 2025, le secteur aura poursuivi sa reprise après la chute drastique de 2023 : la valeur des deals en Europe a augmenté de 16,48 % pour un nombre d’opérations stables, selon LSEG. Si les États-Unis continuent de polariser une grande part des opérations mondiales, un nombre important de sorties restent coincées dans le barillet des fonds d’investissement. Nombre d’entre eux sont entrés dans les capitaux d’entreprises à des niveaux de valorisation très élevés après la pandémie du Covid-19, et ont aujourd’hui du mal à vendre leur participation suffisamment bien pour compenser leurs investissements.
Si ces cessions devaient malgré tout avoir lieu cette année, elles permettraient aux GP’s de remonter les liquidités tant demandées par leurs LP’s et ainsi de relancer l’ensemble du marché. Dans ce contexte, quelles cibles sont susceptibles d’intéresser les investisseurs ?
Bulle ou pas, l’IA est là
Au cœur des attentions depuis plusieurs années, l’intelligence artificielle s’impose comme le principal moteur d’allocation du capital. Cette dernière n’est plus abordée comme une simple technologie de rupture, mais comme une infrastructure stratégique. Aux États-Unis, près de 40 % des dépenses d’investissement du private equity sont orientées vers l’IA ou les infrastructures qui la rendent possible, selon PitchBook. Mike O’Sullivan, chef économiste de Moonfare, confirme : « La nature même des investissements évolue : les fonds privilégient de plus en plus des solutions spécialisées, orientées vers des usages industriels concrets et plus seulement de grands modèles généralistes. » Cette « IA de terrain », plus frugale et mieux intégrée aux chaînes de valeur, se positionne comme un levier de compétitivité et de souveraineté.
La souveraineté, mère des batailles
Omniprésente dans le débat public depuis la pandémie du Covid-19, la souveraineté s’impose progressivement comme un critère central dans les décisions d’investissement que les tensions géopolitiques influencent désormais directement. Dans les secteurs jugés sensibles – intelligence artificielle, datas, énergie, défense – les fonds cherchent à bâtir ou renforcer des piliers industriels nationaux et régionaux, capables de sécuriser des technologies et des infrastructures clés.
Parallèlement, le niveau élevé d’endettement des États redéfinit le rôle des investisseurs privés. Pour l’économiste : « De nombreux pays, contraints par leurs finances publiques, réduisent leurs capacités d’investissement dans des projets structurants. Ce vide est en partie comblé par des acteurs de long terme, à l’image de fonds spécialisés dans les infrastructures qui investissent massivement. L’énergie constitue à ce titre un axe prioritaire, notamment en Europe, où le renouvellement des réseaux et des capacités de production nécessite des volumes de capitaux considérables pour atteindre les objectifs de souveraineté et de neutralité environnementale. » Ces actifs résilients correspondent aux attentes d’un secteur du capital-investissement en quête de stabilité dans un environnement encore incertain.
Le niveau élevé d’endettement des États redéfinit le rôle des investisseurs privés
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie et le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le secteur de la défense connaît lui aussi une transformation profonde. Longtemps en marge de ces thématiques, notamment pour des raisons réglementaires, le private equity s’y intéresse désormais de près, attiré par le caractère stratégique de ces technologies. Drones, logiciels, systèmes autonomes : de nombreuses start-up émergent, en particulier en Europe, portées par des plans d’investissement massifs estimés à près de 150 milliards d’euros. Selon Pitchbook, les levées de fonds dans le secteur de la défense sur le Vieux Continent ont dépassé les 4 milliards d’euros au cours des neuf premiers mois de 2025.
L’occasion pour Mike O’Sullivan de conclure : « Les investisseurs restent néanmoins attentifs aux risques systémiques. L’incertitude géopolitique et monétaire pousse une partie des capitaux vers des classes d’actifs jugées plus résilientes, comme l’or ou les marchés de devises. » À l’horizon 2026, loin de se limiter à un rôle d’optimisation du capital, le private equity se positionne comme un acteur clé de la transformation industrielle, technologique et énergétique.
TL


