Depuis sa prise de fonction en tant que président il y a cinq ans, Jean-françois Verstraete a entrepris une profonde restructuration du groupe Numans. Il a ainsi transformé un cabinet d’expertise comptable traditionnel en un cabinet de conseil structuré autour de plusieurs pôles métiers : audit, RH, corporate finance, juridique, RSE et conseil en gestion de patrimoine. Le groupe Numans vient de franchir une étape décisive en ouvrant son capital au fonds Andera Partners et Bpifrance afin de relever les défis à venir.

Décideurs. Quelles motivations ont guidé votre choix de faire entrer des fonds au capital ?

Jean-François Verstraete. Préserver notre indépendance reste au cœur de nos préoccupations. Nous sommes partis du constat que pour la conserver, il nous fallait envisager de nouvelles stratégies : les moyens nécessaires pour garder son indépendance, continuer à grandir, investir dans l’IA, la data et l’humain sont considérables. À partir de ce constat, nous avons fait le choix d’ouvrir notre capital à des fonds d’investissement. L’arrivée d’un investisseur au capital, contrairement à certaines idées reçues, ne remet pas en cause notre indépendance, bien au contraire. A contrario, rester à notre taille et avec cette structure, aurait probablement conduit à un rachat par un gros groupe à moyen terme. Par ailleurs, Il est d’autant plus intéressant d’aller voir des acteurs qui regardent ailleurs que dans le seul métier de l’expertise comptable. Nous ouvrir à un fonds d’investissement est aussi une manière d’élargir nos horizons.

Comment s’est déroulé le processus ?

La structuration que nous avons entreprise ces dernières années nous a apporté une forte crédibilité, si bien que les fonds d’investissement nous ont identifié comme un candidat solide. En d’autres termes, nous restons une structure à taille humaine et disposons désormais d’une bonne capacité pour accélérer. Le processus, qui a duré environ six mois, s’est déroulé avec l’appui de la banque d’affaires NewCO corporate finance. Leur esprit entrepreneurial, identique au nôtre et leur expérience en matière de CGP ont emporté notre adhésion. Il a également fallu embarquer l’ensemble des associés dans le projet. NewCo a ainsi joué un rôle essentiel en apportant plus de pédagogie et de cohésion, afin de fédérer les associés.

Pourquoi avoir choisi Andera Partners ?

Le processus a fait l’objet d’une réflexion approfondie. Nous avons rencontré une trentaine de fonds d’investissement lors des différentes phases. Au final, le choix s’est porté sur Andera Partners, qui est une plateforme déjà bien assise animée par une véritable ambition pour le groupe. Le facteur humain, la fine compréhension de notre métier et la volonté de nous accompagner dans notre développement ont fini de nous convaincre.

Comment Bpifrance est-il arrivé dans l’opération ?

Au cours du processus, j’ai toujours eu Bpifrance en arrière-pensée. Il m’est apparu intéressant de les avoir à nos côtés au regard de leur rôle d’accompagnateur de la croissance des TPE et PME, reposant sur un tissu de clientèle similaire au nôtre. Après discussion avec Andera Partners, nous avons décidé de les associer au projet. Ils sont en mesure de nous apporter un réel soutien sur les sujets relatifs à l’IA, ou par exemple sur la mise en place d’outils opérationnels et au final pour renforcer la valeur ajoutée de nos conseils auprès de nos clients. 

"Nous recherchons, lorsque nous achetons, des partenaires impliqués, capables de créer de la valeur avec nous."

Vous avez fait le choix de lever une dette unitranche, pourquoi ?

Muzinich s’est imposé à nous pour la levée d’une dette unitranche comme une évidence. Ils ont démontré leur volonté de travailler avec nous tout en ayant conscience de notre stratégie. Nous avions au départ envisagé un financement bancaire classique mais nous avons fait le choix de l’unitranche, plus adapté à notre stratégie d’accélération rapide, notamment sur les enjeux de facture électronique. Aujourd’hui, une fois l’opération concrétisée, nous sommes ravis de ce trio formé avec Andera Partners, Bpifrance et Muzinich.

Comment se répartit le nouveau capital ?

Les fonds détiendront une participation minoritaire, comprise entre 20 et 30 % et un pacte d’actionnaires équilibré a également été signé. Nous avons travaillé main dans la main avec Claris avocats sur ce point. L’idée est d’envoyer un signal fort dès le départ. Nous souhaitions mettre en place un accord à la fois favorable pour le groupe et équilibré pour le fonds. Si nous voulons bâtir un projet commun durable, il est important de préserver l’esprit collectif et de veiller à ce que tout le monde s’y retrouve.

Concernant la valorisation, en êtes-vous satisfait ?

Nous sommes allés là où nous devions aller. Il était nécessaire que pour chaque partie, il n’y ait aucune frustration. Nous avons estimé la valorisation au plus juste et, à mon sens, nous y sommes parvenus. L’objectif, avant tout, est de faire progresser le cabinet dans un climat de confiance.

Comment gérer la phase d’intégration post opération ?

Nos projets se construisent collectivement : tout le monde est dans le même bateau. L’important, dans le succès d’un cabinet, est de partager la valeur tant entre les associés qu’avec les collaborateurs. L’idée est la même avec l’intégration. Quand nous faisons entrer de nouvelles personnes, nous achetons 70 % de la structure et un échange de titres à hauteur de 30 %. Nous recherchons, lorsque nous achetons, des partenaires impliqués, capables de créer de la valeur avec nous. C’est important. Il y a bien sûr une part de cash out de 70 %, mais tout va dépendre de chaque situation car vous ne pouvez pas répliquer un modèle identique d’une entreprise à une autre. Notre force réside dans notre capacité à nous adapter.

Après toutes ses acquisitions et cette entrée de fonds, êtes-vous en phase de consolidation ?

Fort de ses expertises métier, Numans entend aujourd’hui les déployer et les renforcer. Sur les cinq prochaines années, nous allons poursuivre notre stratégie de croissance externe, avec un objectif d’extension sur le territoire national. Une vingtaine de projets d’acquisition de cabinets sont d’ailleurs actuellement à l’étude.

Propos recueillis par Alexandre Lauret

 

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