Les entreprises familiales et leurs transmissions sont au cœur de la première étude menée notamment par EY auprès de 183 dirigeants. Celle-ci adopte un double regard, celui du cédant et celui du repreneur pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre dans le cadre d’une transmission. Entre choix de cession, préoccupations des dirigeants et mise en place de dispositifs de gouvernance, l’étude présente un panorama complet des enjeux liés à la pérennité des entreprises familiales.
La cession de l’entreprise familiale : les défis pour assurer la pérennité
D’ici 10 ans, plus de la moitié des entreprises familiales auront changé de mains. Un constat d’importance, quand on sait qu’elles représentent aujourd’hui près de 73 % du tissu entrepreneurial français et génèrent environ 65% de la valeur ajoutée dans l’Hexagone. C’est ce que révèle le premier baromètre de la transmission des entreprises familiales réalisé conjointement par EY France, For Talents, FNB France et OpinionWay. L’étude réalisée auprès d’un panel de 183 dirigeants d’entreprises familiales, dont 126 cédants et 57 repreneurs, est complétée par onze entretiens qualitatifs. Si 92 % des dirigeants interrogés ont déjà transmis ou envisagent de le faire, le message est clair, pour une large majorité, la transmission de l’entreprise familiale a vocation à rester dans le cercle familial.
La famille avant tout
Force est de constater que les entreprises familiales ne quittent pas ce cercle. Parmi les participants, 83 % envisagent une cession intrafamiliale, notamment au profit de leur descendance directe pour 77 % d’entre eux. Dans les faits pourtant, moins de la moitié de ces héritiers en prennent la direction générale, tandis que 26 % des dirigeants envisagent une cession extérieure, notamment à leurs salariés. Un mécanisme compréhensible quand on sait que neuf dirigeants sur dix, ont eux-mêmes repris leur entreprise des mains de la génération précédente. Le phénomène devient quasi systématique pour 96 % des sondés après trois générations. Pourtant, plus d’un dirigeant sur deux (53 %) se dit ouvert à une cession hors du cercle familial, signe que, même dans les entreprises les plus enracinées, les choses ne sont pas inscrites dans le marbre.
La transmission, source d’inquiétudes juridiques et morales
La première question est bien celle-ci : pourquoi céder ? Pour beaucoup, reprendre l’entreprise s’inscrit dans une démarche de développement (68 %) ou constitue un défi entrepreneurial (52 %). Dans les cas où le dirigeant envisage une cession, le pacte Dutreil s’impose comme la solution la plus usitée pour 85 % d’entre eux, notamment en raison des avantages fiscaux. Aujourd’hui, 76 % des cédants prennent à leur charge les droits de transmission. Mais cet effort financier peut être fait au détriment des autres actions de l’entreprise, y compris stratégiques. Si la transmission reste complexe juridiquement et fiscalement, n’oublions pas qu’elle est aussi une épreuve psychologique. Elle reste un sujet d’inquiétude autant pour le cédant que pour le ou les repreneurs. Si les premiers craignent, pour plus d’un sur deux (54 %), que l’entreprise ne soit qu’un fardeau pour la génération suivante. D’un commun accord, les deux parties perçoivent la transmission comme un sujet de tensions familiales (31 % pour les cédants et 50 % des repreneurs). Pour ces derniers, d’autres sujets émergent, notamment celui de ne pas être à la hauteur (50 %). Dans tous les cas, le besoin d’accompagnement est manifeste, qu’il soit juridique, stratégique ou psychologique. Si 95% des dirigeants s’entourent déjà de conseils sur les volets juridiques et fiscaux, les repreneurs s’accompagnent également de conseils en matière de gouvernance notamment familiale, de réseaux et de mentorats, il n’en est pas encore de même de la dimension psychologique.
Anticiper la transmission
Pour une transmission sur deux, le processus n’est ni structuré ni formalisé lors de l’opération. Un point à améliorer quand 65 % des repreneurs déclarent avoir voulu changer au moins un aspect de l’opération avec une meilleure anticipation et préparation en amont (pour 15 % d’entre eux) et une meilleure gestion du timing (pour 22 %). L’anticipation semble faire défaut, et ce, d’autant plus que 22 % des plus de 60 ans n’ont entamé encore aucune démarche sur le sujet et que seuls 9 % des plus 65 ans souhaitant transmettre ou ayant transmis, se retirent effectivement des fonctions opérationnelles et du capital. Une donnée importante quand on sait que 40 % des repreneurs craignent que le dirigeant cédant ait des difficultés à lâcher les rênes.
Gouvernance : un levier essentiel pour une transmission apaisée
Pour réussir une passation, la mise en place d’une gouvernance s’inscrit comme un passage incontournable. C’est ce que les dirigeants semblent avoir bien compris, puisque dans 9 cas sur 10, une gouvernance d’entreprise, sous forme de conseil d’administration ou de comité de direction, avait au préalable été instaurée. Une réalité moins partagée, côté repreneurs, qui bénéficient d’une gouvernance dans seulement 59 % des cas, notamment à travers une holding ou une charte familiale. Conscients de l’enjeu, trois repreneurs sur quatre (75 %) affirment avoir mis en œuvre une gouvernance familiale, notamment car celle-ci permet de fluidifier les processus de transmission, tout en offrant un véritable indicateur de qualité des décisions stratégiques et d’apaisement des tensions familiales. Ainsi une transmission réussie s’avère un gage de pérennité de l’entreprise et de cohésion du cercle familial.
Alexandre Lauret


