Élue récemment à la présidence de France Invest, Sophie Paturle, associée fondatrice de Demeter, partage sa feuille de route à la tête de l’association. Ses mots d’ordre ? Souveraineté européenne, financement de l’innovation, mobilisation de l’épargne privée et défense d’un cadre d’investissement compétitif.

Décideurs. De quoi le mandat de Sophie Paturle à la tête de France Invest sera-t-il le nom ?

 Sophie Paturle. Notre avenir est capital. Investir c’est le construire. Ma volonté pour ce mandat est d’être résolument tournée vers l'avenir, dans un monde en profonde mutation. À ce titre, de nombreux défis sont à relever : ils englobent des enjeux climatiques, de souveraineté et de compétitivité du marché européen afin de développer des technologies et des entreprises dans un environnement qui garantisse une véritable autonomie stratégique.

 Le private equity européen peut-il rivaliser avec son homologue outre-Atlantique ?

Sur le plan des performances, oui ! Mais aujourd’hui, il y a clairement de la place pour faire émerger de grandes plateformes européennes. Il ne s’agit pas forcément de copier un modèle ou une taille type, mais d’accélérer la consolidation. Pour favoriser la croissance, structurer l’écosystème et capter davantage de capitaux étrangers, l’Europe doit monter en puissance.

"Je suis convaincue qu’il est essentiel de mieux faire comprendre aux épargnants ce que finance réellement leur argent"

 Et le private equity français dans tout ça ?

Il est aujourd’hui le plus dynamique en Europe, le fruit de quarante ans de structuration et de professionnalisation. Certes, le marché américain est très porté par des valeurs technologiques, mais la France se distingue par une plus grande diversité sectorielle. L’écosystème français a des atouts dont il faut à tout prix avoir conscience. Notre marché dispose d’une vraie force de frappe qui nous permet de nous projeter dans la durée. Certes, nos économies diffèrent, inutile donc de tout calquer. Mais nous avons intérêt à nous inspirer de ce que les Américains font de bien et à l’adapter intelligemment en France et en Europe.

Un exemple concret ?

Oui, notamment en orientant davantage l’épargne privée vers le capital-investissement. C’est un levier encore largement sous-exploité en France, malgré un taux d’épargne très élevé. Je suis convaincue qu’il est essentiel de mieux faire comprendre aux épargnants ce que finance réellement leur argent. Le private equity offre un excellent couple rendement/risque. Il contribue à la création d’emplois, à la croissance, à la souveraineté économique. Nous avons un vrai rôle à jouer en matière de pédagogie et d’allocation éclairée de cette épargne.

"Nos dépenses de R&D stagnent à 2,3 % du PIB, un niveau identique à celui d’il y a 25 ans. L’Allemagne est au-dessus de 3 %, les États-Unis sont à 3,5 %"

Quels défis restent à relever pour les acteurs du private equity français ?

Garder le cap et continuer à investir, même en période difficile. La France dispose d’un capital scientifique exceptionnel, avec un CNRS de rang mondial. Mais nos dépenses de R&D stagnent à 2,3 % du PIB, un niveau identique à celui d’il y a 25 ans. L’Allemagne est au-dessus de 3 %, les États-Unis sont à 3,5 %. Nous sommes à la traîne. À cette richesse scientifique, il faut associer des ressources financières adaptées. Cela suppose un accompagnement renforcé des entrepreneurs pour concrétiser le potentiel d’innovation.

Que prévoit France Invest pour permettre de combler ce retard français en financement de l’innovation ?

Nous devons accélérer les connexions entre recherche publique et capital-investissement. Il existe déjà des passerelles, mais leur mise en œuvre reste trop complexe, notamment sur les volets administratifs et de propriété intellectuelle. France Invest entend jouer un rôle actif auprès des pouvoirs publics et des instituts de recherche pour fluidifier ces relations, par exemple en encourageant des allers-retours plus faciles entre laboratoires et entreprises.

"Les décideurs politiques doivent être conscient que la France dispose d’un atout avec notre industrie"

D’autres éléments sur votre feuille de route ?

Une fois que la compétitivité, l’innovation et la souveraineté auront été renforcées que notre force de frappe financière aura été consolidée et que nous aurons contribué à transformer notre économie, je pense qu'on aura déjà bien progressé ! Sur le plan réglementaire, nous continuerons à œuvrer pour que le fait d’investir en France ne soit pas moins favorable que dans d'autres pays. Le rôle de France Invest est d’être force de proposition en faveur de l’émergence d’un cadre européen harmonisé qui permettrait d’éviter les distorsions concurrentielles.

Votre mandat vivra la présidentielle de 2027, une échéance souvent synonyme d’attentisme sur les marchés. Quelle posture adopterez-vous ?

Il sera important pour nous de faire vraiment rayonner l'activité de nos membres pour que nos politiques comprennent le rôle économique majeur du capital-investissement. La puissance de son effet d'entraînement contribue à créer des PME et des ETI performantes, innovantes et créatrices d'emplois, indispensables dans nos territoires. Les décideurs politiques doivent être conscient que la France dispose d’un atout avec notre industrie.

 

 

Propos recueillis par Céline Toni

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