Partner chez Daphni, Paul Bazin revient sur son parcours d’ingénieur devenu investisseur, partage sa vision du venture capital, et retrace dix ans d’une carrière marquée par les cycles du private equity, l’humain, et toujours la même conviction au cœur de ses décisions.

Décideurs. Vous avez une formation d’ingénieur et rien ne vous prédestinait au métier d’investisseur, comment êtes-vous arrivé dans le private equity?

Paul Bazin. J’ai adoré mes études en école d’ingénieur, où je travaillais sur les systèmes embarqués. Concevoir des produits est passionnant. Mais une fois le développement terminé, on passe au projet suivant. Ce côté éphémère me frustrait. J’avais envie de comprendre ce qu’il se passait après la phase de création, notamment la mise sur le marché. J’ai donc repris un cursus en école de commerce. En 2015, l’entrepreneuriat faisait rêver beaucoup de monde. Je me suis dit que la meilleure porte d’entrée, c’était le venture capital. En tant qu’investisseur, on échange chaque semaine avec des entrepreneurs, on apprend à analyser les projets, à identifier les bonnes pratiques, et à éviter les erreurs. C’est dans ce contexte que j’ai intégré Daphni en 2016, pour un stage. Au bout d’un an, j’ai compris que j’étais à ma place : j’apprenais tous les jours, entouré de personnes passionnées. Les fondateurs de Daphni m’ont proposé un CDI à la fin du stage. J’y suis depuis septembre 2016.

 Et l’entrepreneuriat ne vous a plus jamais tenté ?

En tant qu’investisseur, on acquiert une compréhension fine de ce qu’implique le fait d’entreprendre. Quand on est étudiant, on en a souvent une vision idéalisée. Mais lancer une entreprise est un vrai parcours du combattant. Aujourd’hui encore, j’ai plus d’admiration pour les fondateurs qu’au début de ma carrière. Ce que j’aime dans mon métier, c’est la diversité des sujets et la dynamique constante.

 Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans le VC?

Le privilège d’être au contact d’entrepreneurs passionnés, dès les premières étapes de leurs projets. Ils portent une vision forte, souvent ambitieuse, et souhaitent transformer leur secteur. Les accompagner dans cette aventure est très enthousiasmant. Chez Daphni, nous finançons exclusivement des projets susceptibles de faire évoluer les usages en B2C comme en B2B. Nous nous demandons toujours quel changement durable la solution peut apporter à son marché. C’est dans cet esprit que nous avons soutenu Back Market dès ses débuts. Nous étions convaincus que démocratiser le reconditionné et faire en sorte qu’un téléphone sur deux ne soit plus acheté neuf pouvait réellement changer la donne.

 

"Même pour les entreprises dont le parcours a été moins linéaire, je ne regrette aucun investissement"

 Quel est le deal dont vous êtes le plus fier?

C’est un peu comme me demander de choisir entre mes enfants… Bien sûr, Back Market est un investissement emblématique et qui a depuis validé notre thèse de l’époque. Je suis toujours aussi impressionné par l’exécution de l’équipe d’Animaj [une start-up spécialisée dans les contenus audiovisuels pour enfants, ndlr]. Le prix Nobel de physique reçu par Alain Aspect en 2022 pour ses travaux qui ont amené à Pasqal – un des pionniers de l’informatique quantique – est également une belle validation de notre thèse d’investissement dès 2020. Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons côtoyer des prix Nobel, mais chaque histoire est unique. Même pour les entreprises dont le parcours a été moins linéaire, je ne regrette aucun investissement.

C’est quoi, un bon investisseur?

C’est avant tout quelqu’un de curieux. En VC, nous sommes confrontés à de l’innovation pure, donc il faut s’intéresser à tout, rester ouvert et vouloir apprendre en permanence. C’est aussi un métier profondément humain : investir tôt, c’est miser sur une équipe. Il faut savoir créer une relation de confiance solide avec les fondateurs. Enfin, il faut avoir des convictions. Les meilleurs investissements créent des débats. Comme on mise sur l’innovation, sur des idées de rupture, il y aura toujours des sceptiques et des enthousiastes. Il faut avoir des convictions solides pour convaincre tout le monde.

 

🔍Parcours

🔵 2015 : sort diplômé de l’ESIEE Pari

🔵 2015 : intègre l’EM Lyon

🔵 2016 : arrive en stage chez Daphni au lancement du fonds

🔵 2016 : recruté en CDI chez Daphni à l’issue de son stage

🔵 2016 à aujourd’hui : accompagne des start-up comme Back Market, Animaj et Pasqal

🔵 2020 : devient partner chez Daphni

 

Propos recueillis par Céline Toni

Société citée :

DAPHNI

Newsletter Flash

Pour recevoir la newsletter hebdomadaire de Décideurs CF, merci de renseigner votre mail

GUIDE ET CLASSEMENTS

Autopromo site Module Guide Immo 300