Les " golden shares " ou actions préférentielles, permettent de conserver un droit de veto sur certaines décisions stratégiques majeures de l’entreprise acquise. Bien que cet outil protège la souveraineté industrielle française, son utilisation reste parfois tardive, ouvrant les portes à la concurrence internationale.

Depuis les années 1980, l’État français s’est progressivement porté acquéreur d’actions des géants du transport, des télécommunications et de la défense, notamment Thalès, France télécom (devenu Orange) et Air France. Cette série d’acquisitions s’inscrit dans le contexte du retour aux grandes privatisations. Une période marquée par la fragilisation de l’industrie française face à une concurrence mondiale en hausse. Afin de garder un contrôle sur les secteurs clés en France, l’État utilise les actions préférentielles, connues sous le nom de " golden shares ".

Ce mécanisme de politique industrielle permet à l’État de conserver un droit de veto sur certaines décisions majeures, sans participation significative au capital. Il donne ainsi un pouvoir décisif à l’État, à moindre coût, pour protéger les intérêts industriels jugés sensibles. Début décembre 2025, LMB Aerospace, une entreprise belge de l’armement, passe sous le pavillon américain de Loar Group, avec l’autorisation du ministère de l’Économie. Dans ce cadre, afin de maintenir une part tutélaire, l’État se dote d’une " golden share ".

"Certaines entreprises technologiques sont détenues par des concurrents étrangers, à l’image de Tiempo Secure".

Cependant, il n’est pas toujours aisé d’anticiper les opérations susceptibles de menacer ces actifs stratégiques. En réalité, certaines entreprises technologiques sont détenues par des concurrents étrangers, à l’image de Tiempo Secure, spécialiste de la sécurité des puces électroniques, récemment racheté par le groupe américain Qualcomm.

À l’inverse, l’État peut intervenir directement lorsque l’enjeu est identifié comme stratégique, et ce, bien que la cour de justice de l’Union Européenne puisse annuler une " golden share " qui limiterait la libre circulation des capitaux. À titre d’exemple, en 2020, le ministère des Armées a refusé l’investissement du groupe américain Teledyne dans Photonis, un acteur majeur des systèmes optoélectroniques.

Ainsi, entre outil de protection nationale et réaction tardive, la " golden share " illustre les difficultés à sécuriser certaines entreprises productrices, notamment d’équipements et industries de défense.

 

Salma Trafi

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