La CARAC, mutuelle d’épargne et de retraite, a annoncé successivement être entrée en négociations exclusives en vue d’acquérir le groupe Astoria, ainsi que la société Cedrus & Partners. Son directeur général, Michel Andignac, revient sur les objectifs poursuivis à travers ces opérations.
M. Andignac (La CARAC) : "Notre ambition est de devenir un acteur de premier plan du marché de l'épargne de long terme et du conseil patrimonial"
Décideurs. Pouvez-vous revenir sur l’histoire de la CARAC ?
Michel Andignac. La CARAC est une mutuelle née en 1924 pour permettre aux anciens combattants et à leur famille de se constituer un complément de revenus au travers d’un produit spécifique, la Retraite Mutualiste du Combattant. Cette offre existe toujours aujourd’hui, elle s’inscrit depuis notre création dans une démarche d’entraide et de transmission du patrimoine de génération en génération.
Nous sommes une mutuelle indépendante et ouverte à tous, un pure player de l’épargne et de la retraite ancré sur ses valeurs historiques qui continuent à guider notre stratégie.
En 2025, nous avons collecté près de 2 milliards d’euros, et réalisé près de 800 millions de collecte nette. Grâce aux deux nouvelles opérations de croissance externe, nous allons afficher 42 milliards d’actifs sous gestion et près de 530 000 adhérents et clients. Notre objectif principal est de devenir un acteur de premier plan sur le marché de l'épargne de long terme et du conseil patrimonial, et contribuer ainsi au financement de l’économie réelle dans une démarche de souveraineté économique et de solidarité intergénérationnelle.
Quelles sont vos priorités pour atteindre ce double objectif de souveraineté et de solidarité ?
Nous orientons l’épargne vers le financement de l’économie réelle, les infrastructures ou la Défense tout en continuant à créer de la valeur au profit de ceux qui nous ont confiés leur épargne et au travers de nos engagements sociétaux.
Vous avez frappé fort en annonçant être entré en négociations exclusives pour les acquisitions successives d’Astoria puis de Cedrus & Partners. Quelles ambitions poursuivez-vous avec ces deux opérations majeures ?
Le marché français de l’épargne traverse une profonde transformation, avec une consolidation qui touche l’ensemble de la chaîne de valeur : distributeurs, assureurs et gestionnaires d’actifs. Cette dynamique aiguise l’appétit des fonds d’investissement et intensifie la concurrence. Chez nos adhérents, nous observons un besoin croissant de conseils de proximité et de services personnalisés.
C’est pourquoi l’agrégation de services en matière de gestion de patrimoine comme ceux de Selencia acquis en 2023, d’Atream acquis en 2024 et de ceux d’Astoria et de Cedrus & Patrners vont nous permettre d’ancrer notre positionnement sur le marché de l’épargne de long terme. Elle permet de constituer l’une des plateformes patrimoniales les plus complètes du marché en nous appuyant sur la complémentarité de ces entités pour élargir notre gamme de solutions financières et répondre aux besoins d’épargnants aux profils variés.
Ces acquisitions constituent également un levier d’innovation technologique. Elles ouvrent des perspectives importantes en matière d’exploitation des données et d’intelligence artificielle, avec l’ambition de développer un conseil "augmenté" et d’accroître encore la personnalisation des solutions proposées à nos adhérents.
"Ces acquisitions constituent également un levier d’innovation technologique"
Quelles technologies, ces acquisitions vont-elles vous permettre d’intégrer ?
À ce stade, nous n’acquérons pas de technologies en tant que telles, mais grâce à ces opérations, nous allons plutôt atteindre la taille critique suffisante pour investir et développer de nouveaux leviers d’innovation.
Comment allez-vous gérer l’intégration de ces deux nouvelles entités ?
Notre modèle repose sur une logique entrepreneuriale qui consiste à valoriser les structures, leur savoir-faire et les équipes de management en place. Les différentes marques vont continuer à cohabiter en créant des synergies entre elles tout en conservant l’agilité qui fait leur force. Ce fonctionnement a déjà fait ses preuves : en deux ans le chiffre d’affaires de La CARAC est passé de 450 millions d’euros à plus de 1 milliard d’euros en fin d’année dernière. En 2023, lorsque nous avons investi dans Selencia, son chiffre d’affaires était de 350 millions d’euros. Aujourd’hui il atteint près de 800 millions d’euros.
Astoria et Cedrus & Partners sont des machines bien huilées. Nous allons nous appuyer sur la puissance du groupe CARAC afin d’augmenter la croissance tout en jouant la carte du collectif.
Avez-vous d’autres structures dans le viseur en France ou au-delà de nos frontières pour poursuivre ce rythme effréné de croissance externe ?
Il y a déjà beaucoup à faire en France. Il est important d’avoir un ancrage fort sur son marché d’origine avant de regarder à l’extérieur pour ne pas trop se disperser. Cela dit, nous serons rapidement en mesure d’accompagner des adhérents et clients d’autres pays européens. Les besoins sont similaires et la nécessité de consolider le marché à l’échelle du Vieux-Continent est forte.
Propos recueillis par Tom Laufenburger

