Jean-Charles Simon, associé fondateur du cabinet d’avocats Simon Associés et Cristelle Albaric, associée, reviennent sur l’année du cabinet, mais également sur les forces qui forgent sa différence dans une période instable sans en omettre d’aborder les actualités du marché.

Décideurs. Comment s’est déroulée l’année pour le cabinet ?

Jean-Charles Simon. Comme pour toute l’activité économique française, l’année 2025 ne sera pas la meilleure de l’histoire du cabinet. Néanmoins, le cabinet dispose de compétences phares qui nous permettent de bien résister. Simon Associés est un cabinet full service, l’activité de certains départements a permis de tirer vers le haut celle de ceux qui, cette année, étaient moins dynamiques pour des raisons conjoncturelles.

"La hausse des défaillances de sociétés que nous observons depuis plusieurs années a profité à notre département restructuring".

Cristelle Albaric. La hausse des défaillances de sociétés que nous observons depuis plusieurs années a profité à notre département restructuring. À titre d’exemple, 4 % des entreprises ayant bénéficié d’un prêt garanti par l’État (PGE) durant la pandémie n’ont pas pu le rembourser. Les secteurs du retail et de l’immobilier sont particulièrement sinistrés, offrant à nos équipes l’occasion de se démarquer. Notre équipe restructuring s’est aussi particulièrement investie dans la mise en oeuvre des classes de parties affectées (CPA). Cela nous a permis de remporter plusieurs dossiers et de figurer parmi les cabinets à la pointe de ce nouvel outil de restructuration.

J.-C. S. Cette morosité devrait se poursuivre en 2026 du fait d’un climat général économique et politique instable. Nous devons donc continuer à faire preuve d’agilité entre nos différentes activités pour continuer à être performants.

 

Quels secteurs ont particulièrement occupé l’équipe M&A de Simon Associés ?

J.-C. S. Nous clôturons cette année avec une trentaine de dossiers finalisés en M&A. Nous avons consolidé nos secteurs d’activité forts, notamment avec les technologies et plusieurs deals en soutien de fonds d’investissement au cours d’opérations visant des entreprises de services numériques (ESN). En plus de ce segment, nous avons été particulièrement présents dans l’industrie, la distribution, l’immobilier et la santé. Nous avons également conseillé plusieurs opérations de carve-out. 

"Nous avons créé, depuis 2012, un réseau de partenaires à l’international dans 64 pays et, en 2014, le réseau Simon Avocats qui réunit treize autres cabinets et qui nous permet de couvrir 24 villes français".

Votre activité se démarque par votre fort ancrage régional. Qu’est-ce que cela vous apporte ?

C. A. Simon Associés dispose de six bureaux en propre dans l’Hexagone, à Paris, Toulouse, Lyon, Nantes, Versailles et Montpellier. Par ailleurs, nous avons créé, en 2014, le réseau Simon Avocats qui réunit treize autres cabinets et qui nous permet de couvrir 24 villes françaises. Récemment, nous avons franchi une nouvelle étape dans le développement de ce réseau en accueillant le cabinet guadeloupéen Lacluse & César, ce qui nous permet de renforcer de manière significative notre couverture géographique sur l’ensemble du territoire.

J.-C. S. Notre ancrage régional soutient la proximité avec nos clients. Le tissu industriel et technologique français ne se concentre pas à Paris. Nous avons ainsi remporté de nombreux dossiers parce que nos bureaux ou ceux de cabinets membres du Réseau Simon Avocats étaient localisés à proximité des usines de nos clients. Cette fibre régionale s’inscrit dans notre ADN, elle renforce notre capacité à surmonter les crises, en assurant notre présence sur toute la chaîne de valeur et un accompagnement efficace de nos clients sur l’ensemble du territoire. Outre cette forte présence régionale, vous avez également développé un important réseau international.

C. A. Jean-Charles Simonet et moi-même sommes à l’initiative du département international du cabinet. Le cabinet conseille, notamment, nos clients étrangers qui ont des intérêts en France ou souhaitent s’y développer, ainsi que nos clients français qui ont des affaires hors de nos frontières, afin de leur fournir le cadre juridique dont ils ont besoin. Le réseau de Best friends composé de 64 membres, tous continents confondus, nous permet d’accompagner, de manière globale, les ambitions internationales de nos clients. Cette année, une part significative de nos dossiers en fusions et acquisitions intègrent une prenante étrangère, norvégienne, islandaise, belge ou encore hollandaise. Ce volet international constitue une part significative de notre activité et contribue à renforcer notre position malgré le rétrécissement du marché.

 

L’essor de l’intelligence artificielle est l’un des éléments clés de l’actualité économique depuis plusieurs mois. De quelle manière l’appréhendez-vous au sein du cabinet ?

J.-C. S. Nous abordons l’intelligence artificielle de manière pragmatique, en considérant IA Généraliste, IA spécialiste et IA interne. Dans le domaine de l’IA généraliste, nous avons retenu une solution leader qui garantit la confidentialité et la non-diffusion des données. En matière d’IA spécialiste, nous avons retenu 3 solutions pour ne pas juxtaposer les usages et rendre lisible notre offre. Pour profiter de la capacité de l’IA à enrichir notre accès à la connaissance, nous avons développé une solution interne baptisée MacadamIA. Il s’agit d’une plateforme innovante de contenus juridiques, qui suit des évolutions réglementaires et s’adresse à nos avocats, mais aussi à tous les professionnels du droit. Elle est directement connectée à certaines bases de données ouvertes. Cet outil de savoir a aussi accès aux compétences que nous avons pu mobiliser à travers nos dossiers depuis vingt ans. Grâce à l’IA, l’ensemble de ces savoirs sont accessibles instantanément et constituent une avancée majeure dans notre travail quotidien pour gagner en efficacité et en pertinence. Concernant les opérations de M&A, l’IA permet de réaliser des due diligence plus rapidement avec un taux d’erreur quasiment nul. Elle se révèle aussi particulièrement performante pour assister à la rédaction des contrats d’acquisition ou de cession. Globalement, elle nous permet de gagner du temps et de concentrer nos efforts sur des tâches à plus forte valeur ajoutée. Cependant, comme dans de nombreux secteurs, le développement de l’IA pose la question du recrutement et de l’employabilité. En effet, auparavant, les tâches de recherche ou de rédaction étaient réalisées par nos collaborateurs juniors, ce qui permettait aussi de les former à notre métier. L’outil IA propose désormais de remplir ces missions plus rapidement et à moindre coût. Dans ce contexte, il est crucial de former nos associés, collaborateurs et fonctions support à l’usage de l’IA. C’est la seule alternative pour continuer à renforcer nos expertises et à créer de la valeur pour nos clients.

 

Justement, quelles sont vos ambitions pour l’année 2026 afin de consolider la position du cabinet ?

J.-C. S. 2026 sera l’année de l’engagement. Les dirigeants et leurs entreprises n’ont jamais été aussi exposés : juridiquement, humainement, économiquement. L’irruption de l’intelligence artificielle bouleverse nos méthodes de travail et redéfinit le rôle de l’avocat, qui ne peut plus se limiter à la seule maîtrise du droit. Chez Simon Associés, cette nouvelle année marquera un engagement renforcé : anticiper les risques, éclairer les décisions et accompagner les transformations économiques, financières et réglementaires à l’échelle mondiale. La multiplication des normes exige une vigilance accrue et une capacité d’adaptation immédiate. L’intégration complète de l’IA va libérer du temps pour nous concentrer sur ce qui crée réellement de la valeur : l’analyse stratégique, la prévention des crises et la formation de nos équipes pour offrir à nos clients toujours plus exigeants un conseil précis, utile et profondément humain.

 

Propos receuillis par Tom Laufenburger

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