Thomas Lançon (Minlay) : "Les deals se jouent sur le terrain"
Décideurs. Commençons par votre parcours. Qu’est-ce qui vous a mené à la finance et au M&A ?
Thomas Lançon. Durant mes études, j’ai toujours souhaité garder plusieurs portes ouvertes. Après une classe préparatoire, je suis entré à Dauphine en double cursus droit et gestion. Au fil des années, la finance a pris le dessus, une discipline plus instinctive pour moi que le droit. C’est en multipliant les stages en M&A, à la Société générale puis à Londres chez Commerzbank, que j’ai compris les rouages de ce métier. Intense et passionnant. Par la suite, j’ai voulu passer de l’autre côté, côté investisseur. Cela m’a conduit à effectuer un stage en dette privée chez Ardian. C’est là que j’ai su que je voulais poursuivre ma carrière dans cette voie. Après vos stages, toutes vos expériences ont le même fil rouge, celui de la santé…
Comment cela vous a-t-il mené chez Minlay ?
En effet, ce secteur m’a toujours parlé. J’ai commencé chez Air Liquide Santé un peu par hasard, mais j’y ai tout de suite trouvé du sens. Travailler dans ce domaine, c’est aussi avoir un impact concret, utile. On ne parle pas de simples lignes de produits ou de consommation abstraite : il s’agit de patients, de soins, de qualité de vie. Dans la branche santé d’Air Liquide, nous rachetions des PME à travers le monde. Cela a été formateur – et parfois, cocasse, comme ce rachat au Japon où il a fallu s’adapter aux coutumes locales afin de ne pas brusquer les vendeurs. Par la suite, mon expérience chez Elsan a été particulièrement marquante. Le groupe était alors sous LBO, ce qui a permis de participer à une politique de croissance externe très forte. Les deals se sont enchaînés dans le secteur de la santé avec des acquisitions, entre autres, de cliniques, de centres de radiologie et radiothérapie. Après avoir pris un peu de recul, j’ai réalisé que j’avais envie de gagner en autonomie dans mon travail, de manager une équipe, et plus largement, de retrouver un esprit encore plus entrepreneurial. C’est ce que j’ai trouvé chez Minlay, que j’ai rejoint il y a un an et demi.
"J’ai appris sur le tas, ce qui m’a permis de m’imprégner très vite du secteur. Un vrai saut dans le grand bain, comme je les aime."
Quel est votre rôle aujourd’hui ?
Je suis directeur M&A, avec une équipe de cinq personnes. Nous menons un projet de build-up ambitieux avec un rythme d’acquisitions soutenu. En un an, nous avons finalisé une vingtaine de rachats en France, Allemagne, pays scandinaves, Europe de l’Est… L’objectif est de structurer le marché européen de la prothèse dentaire, encore très fragmenté. Notre mission est de créer un réseau de laboratoires de prothèses dentaires européen et apporter aux patrons de laboratoires des outils pour faire face aux enjeux du secteur, notamment technologiques. J’adore l’aspect très opérationnel de mon métier. Les deals se jouent sur le terrain, où je passe beaucoup de temps à rencontrer des patrons de laboratoires.
Quelle opération vous a le plus marqué dans votre carrière ?
J’ai envie de citer ma toute première acquisition chez Minlay. Il s’agissait d’un gros laboratoire de prothèses allemand d’une taille structurante pour le groupe outre- Rhin. C’était rude, mais fondateur. J’ai appris sur le tas, ce qui m’a permis de m’imprégner très vite du secteur. Un vrai saut dans le grand bain, comme je les aime.
Comment vivez-vous l’intensité du métier ?
Le métier est intense, c’est vrai, mais j’ai trouvé un équilibre. Je suis papa de jumelles de trois ans, et, chez Minlay, on respecte beaucoup ce temps familial. Et pour souffler, je cours tous les jours. Cela me permet de déconnecter, mais aussi de réfléchir et de trouver des idées. Après, je reviens au bureau avec les idées plus claires. C’est mon sas de décompression, mon outil de concentration. J’ai réussi à débloquer pas mal de situations après une course.
🔎Parcours
- 2016 : sort diplômé de Dauphine en finance d’entreprise et ingénierie financière
- 2016 : intègre Air Liquide en qualité d’analyste M&A sur le segment de la santé
- 2019 : rejoint l’équipe M&A d’Elsan
- 2024 : prend la direction M&A de Minlay
Propos recueillis par Béatrice Constans

