De Goldman Sachs à la Maif, en passant par l’Agence des participations de l’État et Raise, Milène Gréhan a exploré toutes les facettes du métier d’investisseur. Aujourd’hui, elle pilote le M&A du groupe Maif avec conviction et un sens aigu du collectif.

Décideurs. Ou avez-vous commencé votre carrière ?

Avant tout, je viens du monde de l’investissement. Après mes études à Sciences Po, je me suis spécialisée en finance et stratégie. J’ai commencé à l’été 2008, chez Goldman Sachs à Londres, au sein de l’équipe d’Investment Management, en pleine chute de Lehman Brothers. Un contexte particulièrement intéressant d'un point de vue à la fois économique et géopolitique, et qui m'a beaucoup plu ! J’y suis restée trois ans, travaillant sur des sujets de structuration de fonds, de produits et de stratégies d’investissement.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de revenir vers la finance d’entreprise ?

Je sentais que j'étais en train de trop me spécialiser dans la finance de marché. J’ai eu envie de retrouver une approche plus concrète, plus proche des entreprises. Je suis alors rentrée en France où j’ai rejoint l’Agence des participations de l’État. Là, je suivais le portefeuille infrastructures et transports, notamment le dossier ADP et l’ouverture du capital des aéroports régionaux. À cette époque, j’étais contractuelle de la fonction publique, j’ai été contactée par l’équipe de Raise pour travailler sur un projet naissant.

Vous vous rapprochez alors du private equity…

Clara Gaymard, cofondatrice de Raise, m’a proposé de rejoindre l’équipe qu’ils constituaient avec Gonzague de Blignières. J’y ai découvert l’esprit entrepreneurial à travers le développement de ce projet. J’y suis devenue directrice de participations, en charge d’opérations de LBO et de capital-développement pendant quatre ans. Chez Raise, en plus de l'activité classique de private equity, l’équipe avait créé une fondation dédiée à la promotion de l’entrepreneuriat : ils ont fait partie des prémices de la start-up nation. L’approche de cette fondation m’a ouvert aux entreprises innovantes, plus jeunes que celles que je rencontrais dans le cadre de LBO. C'est dans ce contexte que j'ai rencontré les équipes de la Maif, qui recherchaient quelqu'un pour diriger leur activité interne de capital-risque. En 2017, tout était à construire : l’équipe, la stratégie, ainsi que le portefeuille. J’y suis restée six ans, en tant que directrice générale. Nous avons investi dans plus de 30 sociétés, dont HomeExchange, Expensya, Certideal ou encore Ulule, des sociétés emblématiques du portefeuille. Le modèle était particulièrement intéressant avec un grand soutien de la direction générale de MAIF à cette activité. Au bout de plusieurs années, comme beaucoup de fonds de corporate venture, l’équipe a souhaité prendre son indépendance afin de développer sa propre thèse d’investissement, de réunir différents investisseurs et et de mettre en place ses propres outils d’alignement d’intérêts avec les participations.

Aujourd’hui, quel est votre rôle au sein du groupe ?

Aujourd’hui, j’occupe un poste transversal. Je gère l’ensemble des filiales et participations du groupe, dont emeis (ex-Orpea) et siège dans différents Conseils d’administration et Comités Je m’occupe du M&A, de toutes les opérations de haut de bilan de l’entreprise et de ses participations et du financement.

"L’investissement dans Orpea par le groupement CDC, Maif, MACSF et CNP Assurances a été une opération hors norme. "

De l’investissement au M&A, quel point commun trouvez-vous entre ces deux univers ?

J’ai eu la chance d’explorer de nombreuses facettes du métier d’investisseur : la banque d’affaires, le private equity, travailler pour l’État actionnaire, puis pour une mutuelle. À travers ces expériences, j’ai découvert différentes manières d’être actionnaire, avec un même fil conducteur, celui de l’engagement. Créer de la valeur au sens large, agir en investisseur responsable et engagé, au service de structures qui entretiennent un lien fort avec l’intérêt général. Cette approche a guidé l’ensemble de mon parcours.

Quel est le deal qui vous a le plus marquée ?

L’investissement dans Orpea par le groupement CDC, Maif, MACSF et CNP Assurances a été une opération hors norme. Un deal de place, complexe, presque romanesque. Entre l’État, les hedge funds, une entreprise en crise mais essentielle à la société, avec 80 000 collaborateurs profondément marqués. Techniquement, c’était colossal : 700 lignes de dettes réparties dans le monde entier, des négociations d’une intensité rare. Ce fut un dossier délicat, mais qui m’a permis de faire de belles rencontres. Chaque opération est une aventure humaine : la rencontre entre deux projets, deux visions, deux équipes. Cette dimension vivante et passionnée donne tout son sens à ce que je fais.

Et en dehors du M&A ?

Je consacre beaucoup de mon temps libre à ma famille : j’ai deux petits garçons. J’aime aussi la cuisine et la gastronomie, les moments de convivialité joyeuse à préparer et partager un bon repas.

 

​​🔎Parcours à la loupe

  • 2008 – arrive en stage chez Goldman Sachs à Londres, au sein de l’équipe Investment Management (buy-side) pendant la crise des subprimes.
  • 2009-2012 – rejoint Goldman Sachs en CDI à New York puis Londres
  • 2012-2014 – rentre en France et intègre l’Agence des participations de l’État (ministère des Finances) où elle s’occupe du portefeuille infrastructures et transports.
  • 2014-2017 – arrive chez Raise à la création du fonds et devient directrice d’investissement, sur les opérations de LBO.
  • 2017-2023 – intègre l’équipe de Maif Avenir en tant que directrice générale et contribue au développement de la structure de capital-risque.
  • Depuis 2023 – poursuit son parcours au sein du groupe Maif et devient directrice des participations et du M&A.

 

Propos recueillis par Céline Toni 

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