Trois grands industriels européens tentent de se rapprocher, Airbus, Thales et Leonardo sont en pleine discussion pour la création d’une coentreprise européenne dans le domaine des satellites. L’objectif : concurrencer les géants américain et chinois.
Projet Bromo : Airbus, Thales et Leonardo posent les bases d’une mutualisation de leur activité spatiale
Inédit, mais pas encore signé, le possible accord entre Airbus, Thales et Leonardo alimente les discussions. Les trois industriels négocieraient la création d’une entité commune regroupant leurs activités spatiales sous le nom de projet Bromo. Les cinq structures détenues par les groupes seraient alors transférées à la nouvelle société. Des discussions similaires avaient déjà été menées sur le sujet en 2024, sans aboutir. Cette fois, le processus semble mieux engagé même si « aucun accord n’a été trouvé », annonce succinctement Thales. De son côté, Michael Schoellhorn, directeur général d’Airbus Defence and Space confie dans les tribunes du journal Italien Il Corriere della Sera que le projet est « sur la bonne voie, tout en soulignant que « plusieurs questions doivent encore être clarifiées avant de franchir une étape aussi importante ». La signature d’un accord cadre pourrait voir le jour d’ici la fin de l’année si les entités parviennent à se mettre au diapason.
Une ambition européenne affirmée
La question d’une alternative européenne sur le marché des satellites capable de rivaliser avec les États-Unis et la Chine revient souvent dans le débat. Une telle annonce permettrait de mettre en œuvre concrètement cette ambition. Selon Reuters, ce nouvel ensemble donnerait naissance à un acteur valorisé à près de 10 milliards d’euros. Deux des acteurs, Thales et Léonardo, ont déjà franchi le cap depuis 2007, en mutualisant leur expertise spatiale au sein de Telespazio et Thales Alenia Space, preuve que ce type de partenariat est possible. Intégrer le géant toulousain à l’équation, dans le cadre d’une nouvelle structure ferait passer un cap majeur, notamment en renforçant la volonté d’une consolidation européenne sur le sujet.
Des questions en suspens
La route reste encore longue avant que la coentreprise voit le jour. Bon nombre de questions devront être tranchées. Si celle de la gouvernance promet d’âpres négociations, c’est aussi ce que laisse présager celle du poids économique de chaque entité au capital. Pour l’heure, la répartition des parts au sein de la structure n’est pas actée, cependant Airbus et Thalès obtiendraient la plus grosse part du gâteau au détriment de l’italien Léonardo. Un état de fait, qui devrait, selon La Tribune, amener Leonardo à s’acquitter d’une soulte auprès de ses deux consorts afin de renforcer sa position. Reste à savoir si une répartition équitable est possible. Au-delà des négociations, le projet Bromo devra aussi franchir les contrôles réglementaires, notamment la commission européenne, qui, sous l’angle du droit de la concurrence, devra se prononcer sur ladite union. À cela s’ajoutent la consultation des partenaires sociaux et des autorités de régulation, notamment dans le cadre d’un accord contraignant dont la durée pourrait s’étendre jusqu’à deux ans.
Alexandre Lauret

