Dans un contexte économique en profonde mutation, Fabrice Gourgeonnet, directeur général du pôle Solutions et Expertises financières de BPCE explique l’évolution de leur modèle de financement de projets, fondé sur le temps long, la diversification des solutions et une présence accrue aux côtés des entreprises.
Fabrice Gourgeonnet (BPCE) : "La banque n’est pas un métier de court terme"
Décideurs. Votre parcours est ancré dans la durée et l’opérationnel. En quoi cela influence-t-il votre manière de diriger le pôle SEF ?
Fabrice Gourgeonnet. J’ai commencé dans le conseil, chez Arthur Andersen, après une école d’ingénieur, avant de rejoindre l'Inspection Générale du Groupe BPCE. Cela m’a donné une vision très large de la banque. Pourtant, assez vite, le besoin de diriger des métiers en relation avec nos clients et avec la responsabilité d'un compte de résultat s’est imposé, ce qui m’a conduit à rejoindre des directions générales du groupe, d’abord en région puis à Paris, aujourd'hui au sein du CDG du Groupe. Mon parcours est également très marqué par un passé de rugbyman. J’ai d'ailleurs longtemps concilié sport de haut niveau et parcours académique. J’en ai gardé trois piliers que j’essaie d’appliquer au pôle SEF : la performance, l’engagement et le collectif. Un socle d’autant plus important que notre métier repose avant tout sur les femmes et les hommes, qu’il s’agisse de la relation client ou du lien avec les collaborateurs qui conseillent et accompagnent nos clients.
"L’expérience du terrain, au plus près des clients comme je l'ai connu en région, rappelle qu’on ne pilote pas une entreprise sur un simple fichier Excel. On y gère avant tout une relation."
Hausse des défaillances, crise de l’immobilier, accès au financement, dans ce contexte quel est le rôle de la banque aujourd’hui ?
La banque n’est pas un métier de court terme. Chez BPCE, c’est d’ailleurs une spécificité, notre travail s’inscrit dans la durée. Que les taux montent ou baissent, que l’économie ralentisse ou reparte, la performance ne se résume pas à un cycle conjoncturel. Accompagner un client dans le temps long, c’est être présent quand tout va bien, mais également quand la situation se dégrade L’expérience du terrain, au plus près des clients comme je l'ai connu en région, rappelle qu’on ne pilote pas une entreprise sur un simple fichier Excel. On y gère avant tout une relation. Et, si cette relation est bien entretenue, elle finit toujours par porter ses fruits. La période actuelle est clairement plus difficile. Certains secteurs, comme l’immobilier, sont particulièrement touchés. Mais il faut être très clair : le premier rôle du banquier est d’être là dans les moments clés de la vie d’une entreprise, aussi bien quand cela se passe bien ou quand elle doit traverser une période plus délicate. Le plus légitime pour accompagner une entreprise en difficulté reste celui qui l’a connue dans sa phase de croissance. Or, trop souvent, lorsqu’une entreprise entre en zone de turbulence, les interlocuteurs changent. Ce n’est pas notre vision. Au pôle SEF, nous finançons avant tout des projets. Un projet peut traverser une période compliquée, encore faut-il lui donner les moyens de passer le cap.
Quelles solutions concrètes proposez-vous aux entreprises dans ce contexte ?
Il n’y a pas de paradoxe à utiliser les mêmes outils lorsqu’une entreprise se porte bien ou lorsqu’elle traverse une période plus délicate. Ce qui change, ce sont les montages. Nous intervenons sur trois grands leviers. Le premier concerne la gestion du BFR, notamment avec l’affacturage, dont nous sommes l’un des leaders en France. Le second porte sur le financement de l’investissement, à travers le leasing, le crédit-bail, la location longue durée ou encore la fiducie. Enfin, si cela est nécessaire, nous intervenons sur la restructuration du bilan, mais toujours dans une logique de temps long. L’affacturage, par exemple, ne se réduit pas à une solution de crise. C’est aussi un outil formidable pour accompagner une forte croissance. Le leasing, quant à lui, permet d’ajuster l’investissement au rythme de l’activité. La fiducie, notamment immobilière, peut recréer de la liquidité à partir d’actifs réels.
"Aujourd’hui, le pôle représente près de 80 milliards d’euros d’encours, (...) et réalise 40 % de l’activité à l’international. "
Quelle est la place du pôle SEF au sein du groupe BPCE ?
BPCE s’organise autour de deux grands ensembles orientés clients, avec d’une part les Banques Populaires et les Caisses d’Épargne pour le retail, et, d’autre part, la banque de grande clientèle pour les grands comptes. Pour servir ces différentes segments, le groupe s’appuie sur plusieurs pôles de solutions, notamment l’assurance, les paiements et le pôle Solutions et Expertises financières. Nous concevons des solutions de financement expertes pour l’ensemble des entités du groupe, au service des particuliers comme des PME et ETI, des professionnels de l’immobilier et des grands groupes. Nous ne sommes pas des gestionnaires de la relation client, notre rôle est d’apporter une expertise approfondie sur les actifs que nous finançons. Aujourd’hui, le pôle représente près de 80 milliards d’euros d’encours, s’appuie sur 4 500 collaborateurs, est présent dans vingt pays et réalise 40 % de l’activité à l’international.
En quoi l’acquisition de SGEF marque-t-elle un tournant stratégique ?
L’intégration de Société Générale Equipment Finance, devenue BPCE Equipment Solutions en mars dernier, intervient à un moment clé. Elle permet désormais d’accélérer fortement le développement à l’international et de renforcer notre position sur le leasing industriel distribué directement par les fabricants. Concrètement, lorsque Volvo ou un grand acteur technologique vend un équipement (camion, serveur, etc.), il vend aussi notre solution de financement. C’est nous qui la structurons. Ce modèle diffère profondément du leasing bancaire traditionnel et apporte des solutions beaucoup plus larges. Aujourd’hui, grâce à cette activité, BPCE s’impose comme le premier financeur de leasing d'équipement en Europe.
Le leasing évolue aussi avec l’essor de la seconde main et les enjeux ESG. Comment vous y adaptez-vous ?
La seconde main est un enjeu majeur, à la fois pour des raisons environnementales, mais aussi pour des raisons économiques. Réutiliser un équipement, un camion ou un bus électrique, représente souvent une solution plus accessible pour nos clients. Cela transforme nos métiers en profondeur. Le pôle SEF est pleinement positionné sur ces sujets, car notre rôle est précisément d’apporter une expertise en matière d’asset.
"La crise est clairement structurelle. Elle ne peut se réduire à une simple question de taux d’intérêt."
L’immobilier traverse une crise profonde. Est-elle conjoncturelle ou structurelle ?
La crise est clairement structurelle. Elle ne peut se réduire à une simple question de taux d’intérêt. Elle résulte d’une conjonction de facteurs : réglementation, prix du foncier, coûts de construction, mutation des usages, fiscalité. Pour autant, la demande de propriété reste forte en France. La vraie question n’est pas de savoir si le marché repartira, mais quand, et comment aider les acteurs à tenir jusque-là. Dans ce contexte, le pôle SEF regroupe aujourd’hui toutes les expertises immobilières du groupe BPCE pour accompagner cette transition.
L’international est un axe fort de développement. Quelle est la priorité ?
La priorité pour le pôle SEF demeure l’Europe. Le plan stratégique du groupe est clair : la France, l’Europe et le reste du monde. Nous sommes aujourd'hui fortement implantés en Allemagne, en Italie, en et demain au Portugal, et continuons à accompagner nos clients dans leurs projets transfrontaliers. Au-delà, nous sommes également présents aux US, au Brésil et en Asie, principalement pour soutenir les entreprises européennes dans leurs démarches d’exportation et de développement à l’international.
Quels sont les prochains chantiers structurants ?
La facturation électronique va profondément transformer la gestion du BFR. Demain, il sera possible d’affacturer une facture à l’unité, quasiment en temps réel. Cela va bousculer le métier de l’affacturage. C’est aussi dans cette perspective que nous avons acquis la fintech française iPaidThat, qui automatise et simplifie le traitement des factures. Enfin, pour les particuliers, un changement de paradigme générationnel est en train de s’opérer. Le rapport au temps, à l’épargne et à l’investissement évolue en profondeur. ETF, actions ou crypto-actifs ne sont plus réservés à une clientèle patrimoniale ou initiée, les jeunes ont beaucoup d'appétence à ces produits. À nous de proposer des solutions adaptées à ces nouveaux usages.
Propos recueillis par Céline Toni


