Loin des débats sur les salaires des grands patrons, la majorité des dirigeants de petites entreprises travaillent sans percevoir la moindre rémunération. Selon une étude publiée par la fintech Dougs, plus de la moitié ne touchent ni salaire ni dividendes, et dépendent souvent des aides publiques pour lancer leur activité.

Des patrons sans salaire. Alors que les rémunérations des dirigeants font régulièrement polémique, la fintech Dougs, spécialisée dans l’expertise comptable, révèle une grande disparité entre les salaires des CEO de grands groupes et ceux des petites entreprises. En plus des différences de contribution à l’impôt – les petites et moyennes entreprises s’acquittant en moyenne de 50 % d’impôt de plus que les grandes sociétés, selon une étude de l’Insee publiée en septembre –, 53 % de leurs dirigeants ne se verseraient pas de salaire. Dans un baromètre rendu public ce mardi et réalisé sur la base des bilans comptables de 20 427 entreprises (associations, SCI et SC exclues), la fintech Dougs révèle que plus de la moitié des dirigeants de petites structures ne se rémunèrent ni en salaire ni en dividende.

62 % bénéficient de l’ARE. Une béquille souvent choisie par les fondateurs au moment du lancement de leur entreprise

L’importance des aides publiques

Dans les TPE et PME, la majorité des dirigeants ne se versent aucune rémunération, en particulier au cours des deux premières années de leur projet. L’étude met notamment en avant une forte dépendance à l’Aide au retour à l’emploi (ARE) des chefs d’entreprises sans rémunération : parmi eux, 62 % bénéficient de l’ARE. Une béquille souvent choisie par les fondateurs au moment du lancement de leur entreprise : ils compensent l’absence de salaire par des aides publiques.

Des compensations existent également pour ceux qui se rémunèrent : certains frais qui ne relèvent pas d’une rémunération directe – comme une partie du montant d’un loyer lorsque le siège social est situé au domicile de l’entrepreneur – peuvent être déduits et constituent une forme de compensation en dehors des éléments de rémunération.

Pour 61 % d’entre eux, qui choisissent de se verser uniquement un salaire, le revenu médian est de 15 017 euros nets par an

Forte disparité de rémunération

Pour ceux qui se rémunèrent, le revenu net médian est de 21 631 euros, soit 20 % de moins que la médiane nationale. Le revenu moyen atteint, lui, 40 547,92 euros, soit près du double. Un écart qui s’explique par l’influence des rémunérations les plus élevées, qui tirent la moyenne vers le haut. L’étude révèle également une grande disparité entre les dirigeants qui se rémunèrent. Pour 61 % d’entre eux, qui choisissent de se verser uniquement un salaire, le revenu médian est de 15 017 euros nets par an, tandis que ceux qui se rémunèrent uniquement en dividendes – environ 20 % – affichent une rémunération médiane de 51 998 euros. La disparité concerne évidemment aussi les secteurs d’activité : là où les commerçants, artisans et professionnels du BTP affichent des médianes inférieures à 15 000 euros par an, le revenu médian des professionnels de l’informatique, du conseil ou encore des architectes et ingénieurs plafonne respectivement à 40 000, 25 000 et 20 000 euros.

Holdings : l’importance de la rémunération différée

L’étude a le mérite de mettre en avant la complexité des modèles de rémunération des dirigeants. En plus des éléments non inclus, comme les déductions de charges, et des modèles hybrides associant salaires et dividendes, les rémunérations différées à travers des holdings sont souvent utilisées par les chefs d’entreprise, notamment pour préparer leur retraite. Le dispositif a fait l’objet de nombreux débats à l’Assemblée nationale, dans le but d’instaurer une taxation sur les holdings. Le Sénat a finalement adopté une version du projet qui limite la taxe à une liste de biens dits « somptuaires » (biens de luxe, résidences mises à disposition du détenteur de la société…), pour lesquels le taux passe de 2 % à 20 %. Les holdings sont souvent présentées comme un moyen pour les chefs d’entreprise d’optimiser leur rémunération. Souvent pointées du doigt parce qu’elles permettraient à leurs propriétaires de bénéficier d’une fiscalité moins lourde, l’enquête démontre pourtant qu’un entrepreneur de TPE perdrait en moyenne 10 500 euros en cas de suppression de l’exonération mère-fille entre holdings. Alors que les rémunérations des dirigeants du CAC 40 alimentent régulièrement la controverse, la réalité des petites entreprises est tout autre : celle d’entrepreneurs aux revenus instables, dépendants d’aides publiques ou de schémas différés pour sécuriser leur avenir.

 

Céline Toni

Newsletter Flash

Pour recevoir la newsletter hebdomadaire de Décideurs CF, merci de renseigner votre mail

GUIDE ET CLASSEMENTS

Autopromo site Module Guide Immo 300