Redbridge, cabinet international spécialisé dans le conseil en financement et en trésorerie, vient de publier son baromètre annuel sur le financement des entreprises françaises du SBF 120. Verdict : l’endettement progresse, tandis que l’investissement recule.

Le 24 septembre, le cabinet Redbridge a publié la quinzième édition de son étude annuelle sur le financement des grands groupes français cotés (SBF 120) couvrant l’année 2024 et le premier semestre 2025. Une analyse réalisée sur un panel de 84 entreprises qui dresse un constat nuancé. Comme le souligne Didier Philouze, Managing Director, responsable du pôle conseil en financement du cabinet : " La santé financière de la plupart des entreprises reste solide." L’étude met toutefois en évidence une hausse de l’endettement des entreprises et un ralentissement des investissements. Dans un contexte global, l’écart entre les sociétés françaises et américaines continue par ailleurs de se creuser.

Des agrégats financiers en érosion

Que l’on se rassure, les entreprises françaises du SBF 120 tiennent bon. Sur le premier semestre 2025, elles maintiennent globalement un niveau équivalent de performances. Leur chiffre d’affaires progresse légèrement (1%), l’Ebitda, lui, évolue peu depuis 2023, signe d’une rentabilité sous tension mais encore maîtrisée dans un environnement économique complexe. Cependant, l’étude pointe du doigt une progression de 14 % de la dette nette sur un an. Conséquence directe ? Le Capex net de cession recule de 20 %. Un chiffre qui reflète une plus grande prudence des entreprises dans leurs investissements. À titre de comparaison, ce niveau d’investissement est désormais inférieur à celui observé en2021, année marquée par la crise du Covid. Parallèlement, le levier net financier ne cesse d’augmenter pour atteindre 1,9x tandis que l’endettement net financier continue de se dégrader. Un point positif ressort néanmoins : la gestion du besoin en fonds de roulement (BFR) s’améliore. L’augmentation constatée au premier semestre 2025 s’explique en grande partie par des effets de saisonnalité. Cette stabilisation du ratio illustre l’amélioration de plusieurs jours du cycle de conversion de trésorerie notamment grâce à la réduction des délais moyens de paiement des clients (DSO) et des fournisseurs (DPO).

Sélectivité accrue des banques 

Le point de départ est clair : le contexte de crédit est de plus en plus sélectif et tendu. Si la structure de l’endettement des entreprises du panel reste relativement stable au cours des années, la baisse des taux d’intérêts en Europe n’a pas infléchi leur charge financière. En cause ? La dette de marché des grands groupes du SBF reste principalement émise à taux fixe. Par ailleurs, si les banques demeurent actives, elles se montrent de plus en plus exigeantes. Ce qui crée une raréfaction de la liquidité bancaire. À l’inverse, les investisseurs en dette privée, disposent de ressources abondantes mais maintiennent des prix élevés. Dans ce contexte, Matthieu Guillot, Managing Director, conseil en financement chez Redbridge, propose : "Des consultations élargies à de nouveaux prêteurs, banques internationales ou affiliés régionaux des groupes mutualistes, permettent de préserver un accès à la liquidité abondante, à condition de bien intégrer leurs exigences en matière de business plan". Le cabinet de conseil insiste sur la nécessité d’intégrer la logique de rentabilité des prêteurs dans leurs stratégies et les invite à évaluer la rentabilité RAROC (Return on Risk Adjusted Capital) ou RoRWA (Return on risk Weighted Asset) en valorisant le « side business » apporté à chaque établissement prêteur. De plus, la législation Bâle III, qui accentue les exigences en fonds propres, pousse les banques à modifier leurs conditions d’octroi de prêt ainsi que leurs tarifications. Muriel Nahmias, Managing Director, conseil en financement chez Redbridge précise : "Même si les banques s’en font peu l’écho, la réglementation sur les exigences en fonds propres est en train d’évoluer. Les emprunteurs de profil implicite  "investment grade" non notés ou  "cross over " non notés doivent intégrer l’impact du nouveau cadre "Bâle III finalisé" qui pourrait leur être moins favorable.".

Alexandre Lauret

 

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