A l'occasion de la publication de la première édition du Baromètre international du pilotage de la performance, Emmanuel Millard, Président de l'International CFO Alliance et Secrétaire général Groupe Endrix, Meriam Ben Boubaker, Vice-Présidente de l'ICFOA, Fazil Boucherit, directeur chez Axys, et Emmanuel Mengistu, manager chez Axys, reviennent sur les résultats de l'enquête menée dans plus d'une vingtaine de pays dans le monde.
Tribune : Le rôle déterminant de la finance dans la transition durable mondiale
Tribune. À l’heure où la transition écologique s’impose comme un impératif stratégique, les entreprises sont appelées à repenser leur modèle de performance et de création de valeur. Pour éclairer cette transition structurante pour l’avenir de l’économie, l’International CFO Alliance et le cabinet de conseil Axys ont interrogé des dirigeants financiers dans près d’une vingtaine de pays d’Europe, d’Afrique et d’Amérique.
En croisant données quantitatives et témoignages de CFO de tous secteurs, l’étude livre un constat sans équivoque : la finance joue de plus en plus un rôle moteur dans la transition durable. Et si les CFO ont dépassé le stade de la prise de conscience pour s’engager dans l’action, un fossé important subsiste entre volontarisme et réalité des pratiques.
Des priorités hétérogènes mais un prisme central sur l’environnement
Si les priorités varient selon les contextes régionaux, l’environnement constitue le dénominateur commun. Réduction des émissions de CO₂, transition énergétique, préservation des ressources naturelles : ces enjeux dominent les feuilles de route. En Europe, cette dynamique s’accompagne d’une attention croissante portée au bien-être des salariés. L’Afrique met clairement l’accent sur la transition énergétique et l’accès à une énergie durable, tandis que l’Amérique centrale et latine reste freinée par un cadre réglementaire jugé peu incitatif.
"Des freins demeurent : pénurie de compétences internes sur l’ESG, difficulté à mesurer un retour sur investissement clair, pression sur les résultats à court terme"
Une fonction finance en mutation face à des défis majeurs
Face à ces enjeux, la fonction finance voit son rôle profondément redessiné. Elle est désormais au cœur de l’alignement entre stratégie d’entreprise et exigences ESG. Parallèlement, la fonction se voit investie d’une nouvelle responsabilité : initier un dialogue élargi et structuré avec l’ensemble des parties prenantes, pour plus de transparence et une responsabilisation collective de tous les acteurs de la chaîne de valeur.
Mais des freins demeurent : pénurie de compétences internes sur l’ESG, difficulté à mesurer un retour sur investissement clair, pression sur les résultats à court terme. Autant d’obstacles qui limitent la capacité d’action des directions financières. Dans plusieurs pays, comme la Grèce, le Mexique ou l’Afrique du Sud, les CFO s’accordent unanimement sur l’urgence de développer l’expertise ESG des financiers.
Autre constat : l’intégration des critères ESG dans les cartographies des risques — signe de maturité — progresse mais reste incomplète. L’Afrique et l’Europe se distinguent par des initiatives concrètes, bien qu’encore très embryonnaires. Les efforts se concentrent pour l’instant sur des leviers de réduction d’exposition : investissements dans les énergies renouvelables, actions d'efficacité énergétique, recours à des mécanismes assurantiels ou encore diversification des activités.
Dans les pays émergents, les freins résident aussi dans un recours encore limité aux produits financiers durables, où la complexité des montages, le coût et l’incertitude quant aux bénéfices freinent les initiatives.
Côté système d’information, le constat n’est pas meilleur : dans de nombreuses entreprises, Excel reste l’outil principal de planification et de reporting ESG. En France, un tiers des entreprises ne dispose d’aucune solution automatisée, et seules 17 % intègrent les critères ESG dans leur plateforme EPM. La qualité, la fiabilité et la collecte des données restent des défis majeurs.
Si seuls 40 % des entreprises interrogées en France ont entamé l’intégration de la durabilité dans leur stratégie financière, un changement de paradigme est en marche.
Un signal fort : des fonctions Finance engagées vers un changement de paradigme
Point notable et positif, les CFO identifient clairement les chantiers prioritaires pour les prochains mois : acculturation et formation des équipes, fiabilisation et intégration des indicateurs ESG dans les processus de pilotage de la performance, structuration de financements durables et instauration d’un dialogue transversal. Si seuls 40 % des entreprises interrogées en France ont entamé l’intégration de la durabilité dans leur stratégie financière, un changement de paradigme est en marche. La finance durable ne se résume plus à un impératif de conformité : elle devient un levier stratégique pour anticiper, orienter et transformer.
C’est l’un des messages forts de ce premier baromètre. Dans un contexte incertain, marqué par un affaiblissement du cadre réglementaire — en témoigne la dernière directive Omnibus en Europe — les entreprises ne tournent pas le dos à la transition. Au contraire, elles réaffirment leur engagement. Le mouvement est amorcé : aux CFO de prendre toute la mesure de leur rôle clé dans cette dynamique et d’ancrer durablement la performance extra-financière au cœur de la transformation de l’entreprise.
Par Emmanuel Millard, Président ICFOA, Secrétaire général Groupe Endrix, Meriam Ben Boubaker, Vice-Présidente ICFOA, Fazil Boucherit, Directeur chez Axys, et Emmanuel Mengistu, Manager chez Axys


