Jonathan El Baze et Florent Hunsinger sont associés chez Solve, l’une des principales études d’administrateurs judiciaires en France. Ils reviennent sur la multiplication des restructurations des sociétés en portefeuille des fonds d’investissement qui a marqué l’année 2025.

 Décideurs. Comment analysez-vous l’évolution récente des restructurations de LBO en France ?

Jonathan El Baze. Plusieurs éléments expliquent cette tendance. De nombreux investissements ont été réalisés pendant une période où les taux d’intérêt étaient particulièrement favorables. La remontée des taux observée principalement entre 2020 et 2024 s’est accompagnée de différents chocs aux conséquences inflationnistes, qui ont pu impacter négativement les business plan établis au moment de ces opérations, en sus de difficultés propres à certains secteurs. Dans des opérations à effet de levier, le poids de la dette peut rapidement devenir insoutenable si les Ebitda s’affaiblissent sur plus d’un ou deux exercices. Ce contexte entraîne des difficultés de refinancement, eu égard aux niveaux de leviers existants, voire des tensions de liquidité sur l’actif si des discussions avec les prêteurs ne sont pas menées suffisamment en amont. Cette situation s’observe sur l’ensemble du marché, du small au large-cap.

"Notre rôle consiste toujours à trouver un équilibre entre les efforts demandés aux prêteurs et ceux consentis par les sponsors".

Florent Hunsinger. Les entreprises sous LBO ont par nature un profil de risque plus élevé. La Banque de France estime à ce titre que leur probabilité de défaut est 44 % plus élevée un an après le LBO. Leur endettement s’est même accru davantage que les autres entreprises dans le contexte de la crise sanitaire, notamment avec la mise en place des prêts garantis par l’État (PGE). Aujourd’hui, les PGE ont été globalement bien amortis, voire remboursés, mais la hausse rapide des taux d’intérêt a fait émerger une charge financière non anticipée initialement qui pèse sur les cash flows de l’entreprise. Cette évolution met sous tension l’ensemble du montage initial. Dans ce contexte, certains secteurs, parmi les plus sinistrés, se retrouvent en première ligne, comme la santé, l’immobilier ou le retail. En tant qu’administrateurs judiciaires, notre rôle consiste toujours à trouver un équilibre entre les efforts demandés aux prêteurs et ceux consentis par les sponsors. Pour que cet équilibre soit viable, encore faut-il qu’il subsiste encore un intérêt pour l’investisseur de rester au capital. Chaque dossier a sa spécificité et mobilise à la fois notre expertise et notre engagement total pour aboutir au meilleur compromis.

Dans ce contexte, les fonds de dette jouent-ils un rôle croissant ?

J. E-B. Il y a encore quelques années, la majeure partie des LBO réalisés en France étaient financés par des prêteurs bancaires, mais aujourd’hui, le contexte est différent avec l’évolution du marché du financement. En fonction de la nature des prêteurs, de la structuration des opérations et des contraintes propres à chaque documentation, la typologie des solutions n’est pas la même.Le plus souvent, la ou les sociétés cibles demeurent saines et performantes et il convient de trouver uniquement avec les stakeholders ayant participé à l’opération un chemin pour passer ce cap difficile, étant relevé que ceci suppose parfois pour le fonds de réinjecter de l’equity. Dans d’autres hypothèses, plus dégradées, ce sont les prêteurs, et notamment les fonds de dette, qui peuvent être les mieux à même de porter une solution avec une conversion d’une partie de la dette en equity. Enfin, il peut nous arriver de rechercher des tiers avec l’appui d’une banque d’affaires. Chaque dossier est unique et nous conduit à rechercher, au cas par cas, le meilleur équilibre pour débloquer les discussions et mettre en place une restructuration pérenne de l’entreprise.

"Dans d’autres hypothèses, plus dégradées, ce sont les prêteurs, et notamment les fonds de dette, qui peuvent être les mieux à même de porter une solution avec une conversion d’une partie de la dette en equity".

F. H. Si les banques sont toujours bien présentes à la table des négociations, elles ne le sont plus exclusivement. Les acteurs de financement moins " traditionnels ", comme les fonds de dette, ont souvent plus de flexibilité pour proposer une injection de " new money " pouvant aller, dans certains cas, jusqu’à la prise de contrôle de l’entreprise. Cette flexibilité peut accroître la pression sur les actionnaires dans le cadre de restructurations.

Selon vous, quels facteurs expliquent désormais la diversité des acteurs dans ces restructurations ?

F. H. Depuis la crise des subprimes en 2008, et des nouvelles contraintes réglementaires plus strictes pesant sur les acteurs traditionnels, les financements sont en effet beaucoup plus variés, avec des documentations parfois plus souples et des acteurs financiers de différents horizons. Cette évolution se manifeste mécaniquement dans les restructurations.

J. E-B. Notre cabinet intervient dans ce paysage devenu très diversifié et fortement international, en apportant l’expertise technique, l’indépendance et la confidentialité qui sont essentielles à ce type de restructurations. Notre rôle consiste dans ce contexte à accompagner les dirigeants et les différentes parties prenantes afin de trouver, dans chaque dossier, le meilleur compromis dans l’intérêt de l’entreprise.