Confrontée à l’érosion de son activité, Arc France cherche un repreneur. Au moins deux projets sont désormais sur la table du tribunal de commerce de Lille pour sauver la verrerie d’Arques et arbitrer l’avenir de ses 3 500 salariés.
Arc France face à l’heure des choix : deux projets de reprise sur la table du tribunal de Lille
Placée en redressement judiciaire début janvier, la verrerie Arc entre dans une phase décisive. À l’issue de la date limite fixée au 28 janvier pour le dépôt des offres de reprise, au moins deux candidats se sont officiellement positionnés pour reprendre tout ou partie du site historique d’Arques dans le Pas-de-Calais, qui emploie encore près de 3 500 salariés. D’un côté, Patrick Puy, spécialiste des entreprises en difficulté, passé par Vivarte et Go Sport, et ancien dirigeant d’Arc. De l’autre, Timothée Durand, petit-fils de Jacques Durand, lui-même fils du fondateur de la verrerie, et ancien cadre dirigeant du groupe jusqu’à son départ en 2024. Les deux projets divergent principalement sur la question sociale. Celui de Patrick Puy promet le maintien des effectifs, quand celui de Timothé Durant, qui serait associé avec Matthieu Leclercq, ancien CEO de Decathlon, pourrait entraîner jusqu’ à 900 suppressions de postes dans un bassin d’emploi déjà fragilisé par la hausse des défaillances d’entreprises.
La rentabilité demeure négative, avec un résultat d’exploitation de –25,6 M€ en 2024, après –17 M€ en 2023
Une trajectoire préoccupante
La situation actuelle de la verrerie est l’aboutissement d’un long processus de restructuration. Arc avait été placée en procédure de sauvegarde en janvier 2025 par le tribunal de commerce de Lille, avec Hélène Bourbouloux et Laurent Miquel en qualité d’administrateurs judiciaires, et Antoine Barty comme mandataire judiciaire. Face à la dégradation de la trésorerie, l’entreprise a basculé en sauvegarde accélérée en mars, avant l’ouverture d’un redressement judiciaire en janvier 2026. L’objectif est alors d’organiser une reprise industrielle crédible pour un groupe qui comptait plus de 12 000 salariés au début des années 2000 et dont le périmètre s’est progressivement contracté.
Sur le plan financier, la trajectoire reste préoccupante. Après un pic du chiffre d’affaires à 568,6 M€ en 2022, celui-ci est retombé à 435,8 M€ en 2023 puis à 404,1 M€ en 2024. La rentabilité demeure négative, avec un résultat d’exploitation de –25,6 M€ en 2024, après –17 M€ en 2023. À cette érosion de l’activité s’ajoute un endettement massif. Depuis 2019, les concours publics cumulés atteignent plusieurs centaines de millions d’euros, dont l’apurement s’annonce particulièrement lourd dans le cadre de la sortie de procédure. L’État et les collectivités locales ont déjà évoqué des abandons de créances pour accompagner un éventuel repreneur.
Le calendrier judiciaire est désormais enclenché. Les offres pourront être améliorées jusqu’au 5 mars, avant une audience fixée au 10 mars devant le tribunal de commerce de Lille, suivie d’un délibéré dans les jours suivants.
Céline Toni