Longtemps perçu comme une alternative crédible aux circuits traditionnels d’investissement, le financement participatif, ou crowdfunding, connaît un net ralentissement. En France, la mise en liquidation en avril 2025 de Koregraf, acteur historique du crowdfunding immobilier, illustre la fragilisation de ce modèle qui avait pourtant séduit les investisseurs au cours de la dernière décennie.

Depuis plusieurs années, les défaillances se multiplient dans l’écosystème du crowdfuning. En France, Unilend (2018), SmartAngels (2018), MyMajorCompany (2016), ou plus récemment WeShareBonds et October (2024) ont cessé leur activité de prêts. La chute de Koregraf, qui laisse près de 160 millions d’euros d’encours en attente de remboursement, constitue cependant un signal d’alerte majeur pour un secteur déjà fragilisé. À l’international, des plateformes comme The House Crowd au Royaume-Uni ou PledgeMusic, également au Royaume-Uni, Ioby aux États-Unis ou encore Crowdestate en Europe, ont également mis fin à leurs opérations, confirmant que les difficultés ne se limitent pas au marché français.

Net ralentissement de l’activité

Entre 2023 et 2025, les montant levés par des campagnes de financement participatif ont diminué de 20 %. Particulièrement prisé dans le secteur immobilier, le marché du crowdfunding affiche également des signes de ralentissement dans ce domaine. Entre 2015 et 2023, plus de 10,8 milliards d’euros ont été collectés en France grâce à ces plateformes. Mais en 2024, le volume des fonds levés a reculé à 1,7 milliard d’euros, soit une baisse de 17 % sur un an, selon le baromètre Forvis Mazars – France FinTech. Parallèlement, les indicateurs de risque se sont dégradés : la proportion de projets présentant un retard de remboursement supérieur à six mois est passée de 10 % en 2023 à 15 à 20 % en 2024. Parmi eux, 6 à 8 % ont basculé en procédure collective, ce qui expose les investisseurs à des pertes en capital.

Des fragilités structurelles

Plusieurs facteurs contribuent à la fragilisation du modèle. Les commissions sont insuffisantes pour absorber les coûts opérationnels et réglementaires, celles-ci représentent entre 5 et 8 %  des montants collectés. À cela s’ajoutent la crise du logement neuf et la hausse des taux d’intérêt, qui compliquent la réalisation des opérations immobilières et leur rentabilité. Ce contexte alimente une défiance grandissante des investisseurs. Les retards de remboursement, les défauts de projets et les fermetures de plateformes se multiplient, érodant la confiance. Enfin, la réglementation s’est durcie. L’entrée en vigueur du règlement européen ECSP (European Crowdfunding Service Providers) en 2021 a relevé les exigences de conformité. Un encadrement nécessaire mais qui pèse lourdement sur les plateformes de taille intermédiaire.

Un avenir contrasté

La faillite de Koregraf a conduit à la création d’une association d’investisseurs regroupant plus de 1 000 adhérents, mobilisée pour défendre leurs intérêts et assurer la continuité des procédures engagées. Trois structures indépendantes ont été mandatées pour gérer respectivement la représentation des créanciers, le traitement des contentieux et l’administration des projets en cours. Si le financement participatif conserve un potentiel réel, celui-ci passe par une sélection plus rigoureuse des plateformes, une exigence accrue de transparence, et une orientation vers des secteurs moins exposés que l’immobilier. La pérennité du modèle dépend désormais de sa capacité à tirer les leçons de ses défaillances pour regagner la confiance des investisseurs.

Lucas Simonnet