Emmanuel Drai et Sophie Nayrolles, associés du département entreprises en difficulté et retournement de Simon Associés reviennent sur les difficultés rencontrées par les entreprises ces derniers mois et les outils qu'ils mobilisent pour y répondre.

DÉCIDEURS. Quel est l’ADN du cabinet?

Emmanuel Drai. Le cabinet est capable d’intervenir sur des dossiers de toutes tailles, d’un apiculteur régional à Réside Etudes, en passant par CDiscount. Notre première fierté est de faire du restructuring pour sauver les entreprises. L’équipe aime les entrepreneurs et leurs entreprises, c’est notre ADN. Nous considérons qu’une équipe de restructuring doit être capable de faire ce grand écart entre toutes tailles de dossiers. Pour illustrer les deux extrémités du spectre  : nous avons accompagné en pro bono un apiculteur local dont l’activité est désormais pérenne. Cette année, le cabinet a également conseillé le plasturgiste Adduxi, présent en France, aux États-Unis et en Chine, qui pro duit des pièces équipant un véhicule sur neuf dans le monde (soit 200 Md€ de CA d’enjeu global). Quant aux enjeux de filière, il s’agit sûrement d’un des dossiers les plus significatifs de l’année. Ce dossier a pu se conclure par un plan de redressement par adossement avec le groupe industriel Leman et un apurement des dettes en classes de parties affectées. Aujourd’hui, ce groupe a le potentiel pour devenir un champion national et international.

 

"Cette année, nous avons par exemple accompagné le plasturgiste Adduxi, (…) En matière d’enjeux de filière, il s'agit sûrement d’un des dossiers les plus significatifs de l’année" : Emmanuel Drai

 

Pourquoi est-il important, en restructuring, d’être capable d’intervenir sur tous types de dossiers ?

E.D. Parfois, sauver une TPE ou une PME peut s’avérer plus compliqué que de restructurer les deux milliards de dettes d’un groupe international. Les dettes de faible montant sont le problème de l’entreprise alors que celles propres aux grandes entreprises, plus importantes, deviennent l’enjeu de tous. Dans le cas d’un grand groupe, l’importance des enjeux financiers, sociaux et de filières mobilise les attentions, les compétences et les intelligences de toutes les parties prenantes dans la recherche de solutions. À l’inverse, les "petits" dossiers impliquent moins d’acteurs, ce qui impose d’être sur tous les fronts et de faire preuve d’imagination. Par ailleurs, les sujets de caution deviennent fondamentaux et les enjeux personnels des dirigeants sont très présents.

 

"Nous constatons une meilleure connaissance des procédures amiables dans tous les secteurs, mais bien souvent, il est désormais trop tard et ce n’est plus la solution la plus pertinente" : Sophie Nayrolles

 

Avez-vous constaté un recours croissant aux procédures amiables, longtemps boudées par les chefs d’entreprises en difficulté ?

Sophie Nayrolles. Oui et non. Certes, nous constatons une meilleure connaissance des procédures amiables dans tous les secteurs, mais, bien souvent, il est trop tard et ce n’est plus la solution la plus pertinente. La crise que vivent les entreprises en difficulté aujourd’hui est très profonde. Les structures de financement sont extrêmement dégradées, les problèmes d’endettement excessif sont récurrents et les fonds propres insuffisants. Le plus souvent, il ne s’agit pas d’un problème de gestion, dont les conséquences peuvent être plus facilement anticipées par les dirigeants, mais bien de l’apparition brutale d’une crise sur les marchés, qui fait basculer les entreprises.

 

"Les prêteurs exigent de plus en plus de garanties, en particulier les créanciers obligataires, ce qui explique la multiplication des fiducies" : Sophie Nayrolles

 

Parmi les outils de plus en plus utilisés dans les procédures, on note un recours accru aux fiducies. L’avez-vous constaté?

S. N. Dans la région Occitanie, nous sommes intervenus pour le compte de plusieurs banques qui nous ont sollicités pour mettre en place des fiducies. L’outil existe depuis longtemps et le cabinet est rompu à leur réalisation mais les derniers mois ont été marqués par une place croissante de cet outil dans les dossiers de restructuration, notamment dans la promotion immobilière. Les prêteurs exigent de plus en plus de garanties solides, en particulier les créanciers obligataires, ce qui explique la multiplication des fiducies dans les dossiers que nous avons traités. La mise en place d’une fiducie fait sortir l’actif donné en garantie du patrimoine de l’entreprise, ainsi il ne fait plus partie du périmètre de la procédure collective et ne permet pas aux tiers et créanciers de l’entreprise de l’appréhender. Cela sécurise donc considérablement les créanciers bénéficiaires et facilite la mise en place de financement pour des entreprises faisant face à des difficultés naissantes.

 

"Les CPA sont un moyen très efficace pour restructurer la structure de financement d’une entreprise sur une base objective" : Emmanuel Drai

 

Vous êtes intervenus sur de nombreux dossiers avec constitution de classes de parties affectées. Que pensez-vous de cet outil dans les procédures ?

E.D. Les CPA sont un moyen très efficace pour restructurer une entreprise en objectivant les termes de la discussion qui peut se nouer alors avec les créanciers "dans la monnaie". Grâce à cet outil, nous avons pu trouver une solution pérenne pour chacun des dossiers éligibles. Les classes de parties affectées permettent également de sortir du schéma "redressement judiciaire, plan de cession, liquidation", qui n’est désormais plus la solution optimale pour traiter une structure de financement surdimensionnée. Elles permettent de privilégier un plan de redressement sur un plan de cession. Le fonds de commerce est alors moins affecté, et, dans le cas de l’arrivée d’un nouvel investisseur, les capitaux seront utilisés pour redéployer l’activité, plutôt que pour acquérir les actifs et apurer le passif. Un plan de redressement permet en outre à un investisseur d’éviter de se trouver en concurrence avec d’autres candidats repreneurs.

 

Vous avez récemment recruté un ancien député, un ancien garde des Sceaux et un ancien président du tribunal de commerce. Quels sont les projets du cabinet avec cette nouvelle équipe ?

E.D. Notre équipe d’associés, composée de Jean-Charles Simon, Philippe Saigne, Kristell Quélennec et de nous-mêmes, bénéficiait déjà de l’expertise en droit du travail spécifique d’Hubert de  Fremont, un acteur incontournable du marché sur ces sujets. Les personnalités marquantes qui nous ont fait l’honneur de nous rejoindre ces 12 derniers mois renforcent considérablement nos compétences et notre efficacité : Thierry Gardon, ancien chef d’entreprise et président sortant du tribunal de commerce de Lyon, est le senior advisor de l’équipe. Il maîtrise les problématiques judiciaires et celles propres à une entreprise, une expérience précieuse et pertinente dans l’analyse des dossiers. Romain Grau, ancien juge de l’impôt, puis député et président de la mission de l’Assemblée nationale «sur les entreprises en difficulté du fait de la crise sanitaire», maîtrise les très nombreuses problématiques fiscales propres aux entreprises en difficulté. Dominique Perben, ancien garde des Sceaux, qu’on ne présente plus a également rejoint le cabinet. Hugues Hourdin enfin, a été magistrat auprès des juridictions administratives, conseiller pour les affaires sociales auprès du Premier ministre de 1993 à 1995, membre de la Commission de régulation de l’Énergie entre 2008 et 2010, et rapporteur général du Comité de révision de la Constitution en 2007, a également dirigé des sociétés d’infrastructures stratégiques, telles que la Société Autoroute et Tunnel du Mont-Blanc. Romain Grau, Dominique Perben et Hugues Hourdin renforcent le département droit public du cabinet, auprès d’Isabelle Robert-Vedie, et offrent aux entreprises en difficulté leur parfaite connaissance des enjeux publics et leur expertise pour traiter toutes les problématiques de droit public auxquelles les entreprises peuvent être confrontées. Ces recrutements majeurs témoignent de la force d’attraction de notre cabinet, de l’excellence de ses pratiques et de sa dynamique de croissance actuelle.

Propos recueillis par Céline Toni