France Invest publie la quatrième édition de son étude sur le financement des start-up et des scale-up, de l'amorçage à l'hypercroissance, et dévoile un partenariat avec le CNRS. Ce rapprochement entre capital et recherche publique constituait l’un des axes centraux du mandat de Sophie Paturle, présidente de l’association. Une ambition qui tient ses promesses, du moins sur le principe.

Simon Ponroy, directeur des études économiques et statistiques de France Invest, association professionnelle du capital-investissement français, a qualifié le millésime 2025 de "marché complexe et plein de contrastes ". Les chiffres lui donnent raison. Les levées de capitaux des fonds de venture et de growth atteignent 6,9 milliards d'euros, en hausse de 2 % sur un an, pour un nombre de véhicules stable à 105 véhicules. Une apparente stabilité qui dont il faut se méfier. En venture, les montants levés progressent de 23 %, tandis que le nombre de fonds ayant levé recule de 8 %, signe d'une concentration accrue sur certains acteurs de grande taille.

En 2025, on dénombre onze levées supérieures à 100 millions d'euros, contre six en 2024. Les fonds de plus de 200 millions d'euros représentent désormais 56 % des capitaux levés depuis 2016. La dynamique en growth suit une logique inverse : le nombre de fonds progresse, porté par la fin du déploiement de l'initiative Tibi 2, mais les montants ralentissent après une année 2024 marquée par deux levées atypiques. Autre signal structurel préoccupant, la durée moyenne des levées s'allonge à 26 mois en 2025, contre 22,5 mois en 2024. Reflet des difficultés croissantes des sociétés de gestion à mobiliser leurs souscripteurs dans un environnement économique incertain. L'attractivité à l'international se confirme néanmoins, avec 36 % des capitaux levés auprès d'investisseurs étrangers, la plupart européens, soit 2,6 milliards d'euros.

Cette hausse est portée par quelques opérations de grande envergure, au premier rang desquelles les 1,7 milliard d’euros levés par Mistral AI, souscrits en majorité par des investisseurs étrangers

6,3 milliards d’euros déployés

Les investissements affichent une progression plus nette : 6,3 milliards d'euros ont été déployés par des fonds français en 2025, en hausse de 26 % en montants et de 6 % en nombre d'entreprises accompagnées. Là encore, les données appellent une réserve. Cette hausse est portée par quelques opérations de grande envergure, au premier rang desquelles les 1,7 milliard d’euros levés par Mistral AI, souscrits en majorité par des investisseurs étrangers. Le nombre d'investissements réalisés exclusivement en France recule, quant à lui, de près de 5 % en 2025. Du côté des cessions, France Invest enregistre une progression en valeur comme en nombre, à 1,3 milliard d'euros, soit 27 % de plus qu’en 2024, avec une nette hausse des sorties vers des acquéreurs industriels.

Les fonds souverains étrangers ont vu leurs montants levés presque doublé entre 2024 et 2025

Dépendance à l’argent public

La part des souscripteurs publics au sein des fonds augmente significativement sur les deux derniers exercices. Les fonds souverains étrangers ont vu leurs montants levés presque doublé entre 2024 et 2025, passant de 448 millions à 775 millions, soit une hausse de 72 % ; les investisseurs du secteur public, Bpifrance en tête, confirment leur montée en puissance. L’empreinte des souscripteurs publics, français ou étrangers, qui prennent part aux levées de capitaux, dépasse désormais celle des banques, assurances et des fonds de fonds réunis. Cette dépendance accrue sur une seule catégorie d’apporteurs est un facteur de risque structurel : les difficultés budgétaires, en France comme en Europe, conjuguées à l’instabilité actuelles des alliances internationales, fragilisent un modèle de financement insuffisamment diversifié. 

L'IA et le SaaS, locomotives sectorielles

Une nouveauté cette année : France Invest introduit une analyse sectorielle du financement growth et venture. Les plateformes et le SaaS s’imposent comme premier segment, toutes catégories confondues, avec 2,2 milliards d'euros investis en 2025, loin devant les biotechnologies (1,1 milliard), l'IA et le machine learning  (938 millions d'euros investis, en hausse de 24 % sur un an). La cybersécurité progresse fortement à 470 millions d'euros, portée par plusieurs tickets supérieurs à 100 millions.

Le pari du continuum recherche-capital

À l’occasion de la publication de l’étude, France Invest et le CNRS ont signé une convention de partenariat destinée à doubler, d'ici cinq ans, les 445 contrats de recherche liant les laboratoires du CNRS et les entreprises accompagnées par des membres de l'association. L'objectif est d'accélérer le transfert de technologies issues de la recherche publique vers les entreprises innovantes et de renforcer le continuum entre science, financement et croissance. Reste un problème de fond que ce partenariat ne résoudra pas. En avril 2026, le CNRS a subi une coupe budgétaire supplémentaire de 20 millions d'euros, jugée « déstabilisante » par les chercheurs et directeurs d’unité. Troisième centre de recherche mondial et premier européen, l’organisme voit ses capacités d’investissement s’éroder, ce qui fragilise précisément les projets sur lesquels le capital-investissement entend s’appuyer 

 

Céline Toni