Fondé en 2011, le groupe Senef, spécialisé dans les logiciels Saas destiné aux secteurs de l’aide à domicile, de la propreté et de la sécurité, accueille le fonds européen Oakley Capital à son actionnariat. Momar Mbaye, son CEO et fondateur, revient sur cette opération et sur les nouvelles ambitions de la structure.
Momar Mbaye (Groupe Senef) : « Notre ambition est de faire de Senef un acteur de référence en Europe »
Décideurs. Pouvez-vous revenir sur le positionnement de Senef et sur ses marchés clés ?
Momar Mbaye. Senef est un éditeur de logiciels SaaS exclusivement web, spécialisé dans des secteurs à forte intensité humaine et à forte mobilité. Nous avons commencé par les services à la personne et les résidences seniors, avant d’élargir notre offre à la propreté multiservices puis à la sécurité privée. Aujourd’hui, nous comptons près de 70 collaborateurs et plus de 2500 clients en France et à l’international.
Ces secteurs font face aux mêmes enjeux : pilotage en temps réel, gestion d’équipes terrain importantes et besoin d’outils fiables pour optimiser les opérations. Nous proposons ainsi des solutions métier verticalisées, conçues pour améliorer la productivité et la qualité de service dans des environnements encore en cours de digitalisation.
Vous venez d’accueillir le fonds d’investissement Oakley Capital à votre actionnariat. Comment se sont déroulées les négociations et pourquoi ce choix ?
Senef était à un moment charnière de son histoire. Après une première levée de fonds de 6,5 millions d’euros auprès d’Isatis Capital, deux options s’offraient à nous : céder l’entreprise ou engager une nouvelle phase de croissance accélérée avec un partenaire financier.
Nous avons choisi la seconde option, avec l’entrée majoritaire d’Oakley Capital. Un fonds paneuropéen spécialisé dans la tech qui a su repérer notre potentiel innovant et notre activité fondée sur l’humain, et donc peu sensible aux évolutions suscitées par l’IA. Ce choix répond à une ambition claire : devenir un acteur de référence sur nos marchés, notamment en participant à la consolidation de notre écosystème.
Au-delà des moyens financiers, ce partenariat nous dote d’une meilleure capacité d’exécution, notamment en matière de croissance externe et d’expansion internationale. C’est un changement d’échelle qui nous permet de passer d’une logique principalement française à une stratégie résolument européenne.
"Nous souhaitons faire rayonner un logiciel français à l’international, en démontrant que des acteurs agiles peuvent rivaliser avec les leaders globaux"
Justement, quelle est votre feuille de route en matière de croissance externe et d’internationalisation ?
Notre stratégie repose sur deux piliers complémentaires. D’une part, une expansion géographique ciblée, en consolidant d’abord les marchés francophones où nous sommes déjà présents – comme la Suisse, la Belgique et quelques pays d’Afrique – avant d’accélérer en Europe, notamment en Allemagne ou en Espagne.
D’autre part, une stratégie active de croissance externe. Nos marchés sont encore fragmentés, de nombreux éditeurs proposant des solutions peu adaptées aux nouveaux usages. Nous souhaitons nous positionner comme consolidateur en intégrant ces acteurs et en faisant évoluer leurs solutions vers des modèles SaaS.
Notre objectif est clair : construire une plateforme leader à l’échelle européenne, capable de répondre aux besoins croissants de digitalisation de ces secteurs.
Dans un contexte marqué par l’essor de l’intelligence artificielle, comment positionnez-vous votre offre et votre développement ?
L’IA est déjà au cœur de notre positionnement, mais nous l’abordons de manière pragmatique. Pour nous, elle est indissociable des logiques d’automatisation et de structuration de la donnée.
Nous commençons par transformer notre propre organisation afin d’améliorer notre efficacité opérationnelle. Ensuite, nous intégrons progressivement ces technologies dans nos solutions, en co-construction avec nos clients.
Nos cas d’usage sont très concrets : optimisation des plannings, automatisation des tâches administratives, prédictif sur les besoins terrain. Cela permet à nos clients de gagner en performance sans nécessairement augmenter leurs effectifs.
Enfin, il est important de rappeler que les secteurs que nous adressons restent fondamentalement humains. L’IA vient augmenter les capacités opérationnelles, mais ne remplace pas les métiers. Elle renforce la résilience et l’attractivité de nos marchés.
Quels sont vos objectifs à moyen terme ?
Notre ambition est de faire de Senef un acteur de référence en Europe, en combinant croissance organique, acquisitions ciblées et innovation technologique. Pour y parvenir, nous comptons lancer une campagne de recrutement d’ampleur à travers l’Europe, visant à attirer des talents qui nous permettront de nous développer. Dans le même temps, nous conserverons également ceux qui ont fait notre force et qui ont permis au groupe de devenir un leader européen. Cette double approche consolidera nos fondamentaux tout en apportant de nouvelles pierres rompues aux scale-up à notre édifice.
Il y a enfin une dimension qui nous tient particulièrement à cœur : faire rayonner un logiciel français à l’international, en démontrant que des acteurs agiles peuvent rivaliser avec les leaders globaux. Nous voulons également contribuer à valoriser ces secteurs de l’aide à la personne et de la sécurité. Essentiels et pourtant longtemps restés dans l’ombre, leur rôle économique clé est désormais reconnu.
Propos recueillis par Tom Laufenburger