Selon l’étude La roue de la fortune publiée par la Fondation Jean-Jaurès, la constitution et la transmission des patrimoines en France obéissent à de nouvelles logiques. Les secteurs du private equity et de l’asset management, concentrés sur Paris se sont imposés depuis les années 1990 comme de véritables moteurs de richesse. À leurs côtés, l’entrepreneuriat se distingue comme un puissant vecteur de création de patrimoine.
Comment le private equity et l’entrepreneuriat façonnent les patrimoines français
Dans l’ombre des marchés côtés, une autre finance a façonné des usines à patrimoine : le private equity et l’asset management. Longtemps réservés à un cercle d’initiés, ces univers ont, depuis les années 1990, redéfini les hiérarchies de richesse en France. L’histoire est connue : Ardian, né d’Axa Private Equity sous l’impulsion de Dominique Senequier, ou encore PAI Partners, Eurazeo, Tikehau Capital… Ces acteurs sont de plus en plus nombreux, passés de 164 fonds en 2007, l’étude en compte 327 en 2023. Autant de structures qui ont transformé le capital-investissement en vecteur de constitution de patrimoine. Si l'étude rapporte que ces sociétés de gestion, offrent des rendements difficilement accessibles aux "petits porteurs", le secteur tente ces dernières années, de démocratiser son accès avec des fonds dédiés aux particuliers.
L’asset management a suivi une trajectoire parallèle. Issu de l’évolution des marchés et de l’ingénierie financière dans les années 1980-1990, il s’est imposé comme un puissant levier d’enrichissement, autant pour les clients que pour les professionnels du secteur. Aux côtés des acteurs historiques tels que BNP Paribas AM ou Natixis AM, une myriade de boutiques indépendantes – Ellipsis AM, Axiom AI, IM Global Partner – ont prospéré, gérant des milliards d’actifs : actions, obligations, devises ou matières premières. Si les investisseurs institutionnels en sortent gagnants, les salariés de ces structures bâtissent eux aussi des patrimoines solides, grâce aux bonus et participations. Dans ces deux industries, la constitution d’un patrimoine n’est pas qu’un effet collatéral : elle est au cœur du modèle.
Paris capte l’essentiel des richesses générées par le secteur financier.
Paris, capitale du patrimoine
Dans cette cartographie du patrimoine, un constat s’impose : Paris capte l’essentiel des richesses générées par le secteur financier. L’étude pointe que les incubateurs, fonds d’amorçage, business angels et sociétés de conseil se sont massivement installés dans la capitale, donnant naissance à un écosystème unique où prospèrent notamment les licornes qui constituent les portefeuilles des fonds. Cette dynamique conforte l’ancrage très parisien du private equity : sur les 32 principaux fonds français, 26 sont domiciliés à Paris, contre seulement 5 en province, souligne le rapport du think tank. La concentration est telle que le VIIIᵉ arrondissement, entre le parc Monceau, l’Arc de Triomphe et les Champs-Élysées, abrite à lui seul la majorité des structures phares du secteur, dessinant les frontières d’un générateur de patrimoine qui demeure, pour l’essentiel, parisien.
Plus de huit chefs d’entreprises sur dix ont bâti ou repris leur structure sans transmission familiale.
Entrepreneuriat : levier non négligeable de la création de richesse
Selon la Fondation Jean-Jaurès, l’entrepreneuriat reste en France le vecteur le plus efficace de constitution de patrimoine, loin devant le salariat. Les données sont sans appel : parmi les dirigeants des entreprises de moins de 20 salariés, seuls 9 % sont héritiers, et même dans les sociétés de 10 à 19 salariés, ils ne représentent que 16 %. Autrement dit, plus de huit chefs d’entreprises sur dix ont bâti ou repris leur structure sans transmission familiale. Ce renouvellement s’observe jusque dans des professions réputées fermées : dans le notariat, 80 % des titulaires d’office n’ont pas de parent notaire, et parmi les étudiants inscrits aujourd’hui en formation, seuls 6 % sont issus de ce milieu. Le numérique illustre encore plus cette capacité de création de fortunes. Après Xavier Niel, Marc Simoncini ou Jacques-Antoine Granjon, c’est au tour du trio Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix, fondateurs de Mistral AI, d’incarner ce mouvement. En 2024, leurs patrimoines figuraient à la 45ᵉ place du classement des 500 plus grandes fortunes établi par le magazine Challenges. De la PME industrielle familiale à la licorne de l’intelligence artificielle, les trajectoires varient, mais force est de constater que les grandes fortunes naissent rarement du seul salariat. Si les patrimoines se transmettent de plus en plus, lorsqu’ils se créent, c’est presque toujours par l’entrepreneuriat.
Céline Toni