Chahuté ces derniers mois, le marché du private equity marque le pas et navigue entre innovations, exigences réglementaires et pressions géopolitiques. Clotilde Billat et Julien Vandenbussche, associés au sein du cabinet Stephenson Harwood, décryptent les grandes dynamiques à l’œuvre dans un environnement qui n’apprécie pas l’incertitude.

DÉCIDEURS. Comment se porte le marché du private equity en ce début 2025?

Julien Vandenbussche. Concernant les levées de fonds, nous observons un ralentissement en France comme en Europe. Les chiffres de France Invest ou d’Invest Europe montrent un tassement en 2024, confirmé début 2025. Les volumes restent élevés, mais la croissance marque le pas. On constate néanmoins une résilience sur certains segments : les fonds à impact conservent un fort dynamisme, les fonds secondaires et les opérations de liquidité type GP-led gagnent en importance. Enfin, l’engouement pour l’IA et la Tech ne se dément pas, notamment pour le venture et le small-cap. Les très gros acteurs continuent de peser fortement dans les volumes, même si certains peinent à atteindre leur hard cap, y compris aux États-Unis. À cela s’ajoute une conjoncture géopolitique instable, qui incite à la prudence.

Clotilde Billat. Le premier semestre  2025 reste dans la continuité de 2024, mais on entrevoit un regain d’optimisme pour le second. Malgré un contexte attentiste, les fonds doivent déployer leur capital avant d’envisager de nouvelles levées. Cela entretient une activité soutenue, notamment sur les dossiers les plus qualitatifs. Résultat : les process restent compétitifs et les valorisations élevées.

J. V. Sur le plan juridique, l’écosystème continue de se structurer. La Commission européenne modernise le cadre réglementaire avec des textes comme ELTIF 2 ou la directive AIFMD 2, en cours de transposition. Ces ajustements visent à fluidifier la distribution et le déploiement des fonds, avec une volonté claire d’harmonisation et d’efficacité accrue. Cela renforce la solidité du marché européen.

 

Quelles sont les grandes tendances observées dans les structurations de fonds hors de France?

J. V. Nous accompagnons de nombreux clients français dans leurs investissements à l’international. Au Luxembourg, au RoyaumeUni, ou aux États-Unis, les tendances de marché sont similaires. On relève notamment un tassement sur les fonds généralistes, une résilience des fonds à impact, la montée en puissance de l’IA et de la Tech et l’essor des fonds secondaires. Par ailleurs, on assiste à l’émergence de nouveaux acteurs de grande qualité dans plusieurs juridictions.

 

Concernant les management packages, où en est-on?

C. B. La loi de finances a clarifié le traitement des management packages taxés comme de la rémunération. Ce régime apporte de la lisibilité, mais reste contraignant pour les managers. Heureusement, les discussions avec les associations professionnelles du capital-investissement ont permis d’atténuer certains effets négatifs et de clarifier la position du législateur, notamment sur le rollover, qui est crucial pour l’alignement des intérêts. C’est une avancée importante.

 

"la dynamique est là, il y a clairement un avant et un après 2024." Julien Vandenbussche

 

Quels secteurs concentrent aujourd’hui l’attention des investisseurs?

C. B. Trois secteurs émergent : la décarbonation, l’IA et la défense. La décarbonation séduit bien au-delà des seuls fonds à impact. L’IA est désormais scrutée sous deux angles : en tant qu’outil d’investissement et comme secteur d’investissement en soi. Cela soulève de nouveaux défis en matière de compliance, de données et de due diligence, notamment avec l’arrivée de réglementations spécifiques. Quant à la défense, les annonces publiques récentes en France et en Europe suscitent un intérêt croissant, même si les effets concrets restent à venir.

J. V. En effet, l’industrie se met en ordre de bataille sur ce sujet. Le secteur reste très lié à la commande publique, donc la concrétisation prendra du temps. Mais la dynamique est là, il y a clairement un avant et un après 2024.

C. B. Bien entendu, nous structurons en interne notre expertise sur ces nouveaux sujets, notamment par le développement d’un pôle infra-intégrant défense et nucléaire qui s’accompagne de recrutements ciblés. Cela nous permet d’offrir une couverture juridique complète, de l’investissement à la compliance, en passant par la fiscalité et la sécurité des données. Nous sommes prêts à accompagner ces mutations.