Selon l’étude annuelle 2024 de France Invest, les femmes représentent 42,6 % des effectifs au sein des sociétés de gestion. Une progression lente, mais réelle. Pourtant, la parité reste fragile aux postes clés, révélant des disparités qui perdurent.
Parité : moteur en panne dans les fonds d’investissement
Malgré la récente élection d’ "Une femme à la présidence de France Invest " comme le titrait presque anonymement le communiqué de l’association, la parité progresse encore à petits pas pour les professionnelles du private equity français. En 2024, les femmes représentaient 42,6 % au sein des sociétés de gestion ; en hausse de 5,2 points par rapport à 2010, mais à peine au-dessus des 42% enregistrés en 2023. L’évolution est encourageante, mais poussive. De nombreux indicateurs marquent le pas comparés aux résultats des années précédentes.
Désintérêt global
L’étude réalisée en partenariat avec le cabinet Deloitte, présentée depuis 15 ans par l’association d’investisseurs, a été menée auprès des 453 membres de France Invest, or moins de la moitié y ont répondu. Le taux de participation s’établit à 48 %, en baisse par rapport aux 51% de l’année précédente. La baisse d’intérêt pour les enjeux de parité se fait aussi sentir chez les LPs. S’ils restent majoritaires, les limited partners qui indiquent prendre en compte la parité de l’équipe de gestion parmi leurs critères de due diligence, tombe à 64% en 2024, contre 69% en 2023. Concernant les sociétés en portefeuille, l’échelle est équivalente, 65% des LP révèlent qu’ils " regardent" les politiques de parité mises en place. Pourtant, seuls 11% d’entre eux proposent des objectifs concrets à atteindre pour améliorer le ratio.
Si les femmes représentent 43% des effectifs, leur part tombe à 30% dans les équipes d’investissement – en progression de 1% par an depuis 2021– et à 25% au sein des comités d’investissement.
Disparités dans la hiérarchie
Autre signal faible peu encourageant, les disparités au sein des sociétés de gestion. Si les femmes représentent 43% des effectifs, leur part tombe à 30% dans les équipes d’investissement – en progression de 1% par an depuis 2021– et à 25% au sein des comités d’investissement. À l’inverse, elles sont 82% dans les fonctions support et 55% en back office. Un reflet de la répartition traditionnelle des effectifs, où la part des femmes recule au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. Un biais observé également dans les entreprises en portefeuille des fonds. En 2024, 57 % d’entre elles comptaient des femmes dans leurs instances exécutives, contre 60% en 2023. Seules 11% ont au moins une femme DG ou gérante.
Recrutement, pas de quoi se réjouir
Côté recrutement, le capital-investissement est loin d’être Byzance. Les femmes sont à peine moins victimes du recul de l’emploi dans le private equity. Pas de quoi se réjouir au regard de la chute des embauches dans le secteur. En 2024, les fonds ont réduit leurs recrutements de 15% pour les femmes et de 16% pour les hommes. Une dégringolade comparée aux niveaux de 2023, où les baisses atteignaient respectivement 9% et 2%. Ce repli témoigne du contexte tendu que vivent les sociétés de gestion depuis plusieurs mois.
Les rares progrès sont réalisés par les entreprises de plus de 1 000 salariés, soumises depuis quatre ans à la loi Rixain.
Rixain ex machina
Il est intéressant de noter que les rares progrès sont réalisés par les entreprises de plus de 1 000 salariés, soumises depuis quatre ans à la loi Rixain. Pour ces sociétés, la proportion des participations ayant des femmes aux codir et comex est passée de 76% en 2023 à 78% en 2024. Par ailleurs, 14% comptent une femme DG ou PDG, 5 points de plus qu’en 2023. Si l’objectif imposé par la loi de 30% d’effectifs féminins aux instances exécutives en 2026, est encore loin pour trois quarts d’entre-elles, l’impératif réglementaire a le mérite d’agir comme un accélérateur vers la parité. Un jour peut être, cet objectif ne relèvera plus de la science-fiction.
Céline Toni