Alors que les critères ESG ont tendance à être relégués au second plan, Emmanuel Parmentier, cofondateur de Weastem, revient sur le lancement du cabinet de conseil stratégique, né pour accompagner la transformation durable des acteurs financiers.

Décideurs. Pouvez-vous revenir sur la genèse de la création de Weastem ?

Emmanuel Parmentier. En 2011, j’ai lancé l’activité "finance durable" chez Indefi, avec pour objectif d’accompagner les acteurs financiers sur ces sujets encore peu abordés à l’époque. Progressivement, notre équipe est devenue une business unit à part entière au sein d’un cabinet de conseil en stratégie généraliste. Les enjeux de durabilité ne peuvent plus être considérés comme secondaires, comme l’illustrent les épisodes de canicule récents, qui ont des répercussions politiques, économiques et sociales majeures. Il devenait urgent d’intégrer ces problématiques au plus haut niveau, aux côtés des GPs et des CEO. Pour cela, il fallait une structure dédiée, avec une équipe dotée de l’indépendance et de la vision stratégique nécessaires. Weastem est né de cette conviction.

Pourquoi le nom Weastem ?
C’est un mot que nous avons inventé. "We", pour l’idée de collectif ; "to weave", pour l’art de tisser des liens — essentiel en stratégie ; et « stem », à la fois une référence aux systèmes financiers et à la croissance organique, comme la tige d’une plante. Aujourd’hui, l’équipe compte 20 professionnels, dont deux associées à mes côtés : la cofondatrice Imène Maharzi et Charlotte Salmon, promue à l’occasion de notre lancement. Et ce n’est qu’un point de départ : nous avons vocation à accueillir de nouveaux associés dans les mois à venir.

Le recul de la réglementation ESG et la volatilité du contexte ne rendent-ils pas cette création risquée ?
Au contraire. C’est justement parce que le modèle actuel de la finance durable est en crise qu’il faut proposer autre chose. Celui des années 2010 montre ses limites : entre l’épuisement des experts, le retrait relatif des entreprises face à des défis stratégiques mal identifiés dont ceux liés à l’ESG, et un désengagement progressif vis-à-vis des objectifs 2030, jugés de moins en moins prioritaires. Forts de ce constat, nous accompagnons des femmes et des hommes actifs dans le domaine financier, qui constituent de par leurs aspirations, leur expertise ou leur influence sur l’économie au travers des investissements réalisés, une nouvelle génération de la finance, lucide sur les réalités scientifiques et les incertitudes à venir. Mais nous ne faisons pas de la durabilité un silo d’expertise. Elle doit être au cœur des décisions stratégiques. Ainsi, en plaçant les enjeux climatiques et sociaux au centre de la réflexion financière, nous pourrons accompagner une transformation à la hauteur des défis à venir.

 

C.T.