Ingénieur de formation, Florian Denis s’est très tôt captivé pour les sciences de la vie, une passion qu’il met aujourd’hui au service du capital-risque. Aujourd’hui, associé chez Elaia, il investit au plus près de la recherche biomédicale. Entre intuition scientifique, engagement humain et mécanique de précision, portrait d’un investisseur qui ne fait rien à moitié.

 Décideurs. Vous avez un profil scientifique. Comment êtes-vous arrivé au capital- risque ?

Florian Denis. J’ai toujours été fasciné par la science – comprendre comment une maladie apparaît, comment on peut la stopper. C’est ce qui m’a mené vers une formation d’ingénieur en biotechnologies. Puis j’ai ressenti qu’il me manquait une brique essentielle : le business. J’ai donc rejoint le master MTI (Management de la Technologie et de l’Innovation) à Dauphine, en partenariat avec Normale Sup et les Mines de Paris. Ensuite, direction Chicago où j’ai accompagné des start-up françaises dans leur développement en Amérique du Nord au sein de Business France North America. C’est là que j’ai découvert le capital- risque, un métier qui cochait toutes les cases : être au coeur de la tech, tout en jouant un rôle clé dans le passage de la science au marché. J’avais trouvé ma voie.

Vous avez d’abord fait vos armes chez Auriga Partners, puis un détour par la banque d’affaires…

Oui, au sein de la Société Générale. Je pensais y retrouver une forme de continuité, mais je me suis vite heurté aux limites du métier d’analyste sell-side où on ne peut traiter que de l’information publique. C’est parfois frustrant pour quelqu’un qui aime poser des questions et aller au fond des choses. Je suis donc revenu à mes premières amours et j’ai rejoint Elaia il y a six ans, pour contribuer à l’activité deep tech, notamment dans les sciences de la vie. Tout était à mettre en place dans les sciences de la vie : définir la thèse d’investissement, construire le portefeuille, tisser le réseau.

"Toutes les deux semaines, j'appelle les entreprises que je suis pour leur demander : "Comment puis-je vous aider ? "

Parmi vos investissements, y en a-t-il un qui vous a particulièrement marqué ?

Oui, il s’agit de Mablink Biosciences, une jeune biotech lyonnaise développant des ADC [traitements conjugués anticorps-médicaments, ndlr], une technologie innovante en oncologie. La première prise de contact a eu lieu en plein Covid, à distance, dans un climat où il n’était pas simple de créer des liens de confiance. Dès les premiers échanges, nous avons entrevu un vrai potentiel, même si la levée de fonds a connu son lot de défis. À notre échelle, nous avons essayé d’apporter un regard stratégique, en contribuant à recentrer le projet sur des cibles tumorales plus pertinentes pour les industriels, en soutenant la structuration de l’équipe, et en mobilisant d’autres investisseurs autour de cette aventure. Un an après notre financement, la société levait 30 millions d’euros. Un an et demi plus tard, elle était rachetée par l’Américain Eli Lilly. C’est l’une des plus belles performances d’Elaia, mais surtout une validation forte de notre thèse deep tech. Au-delà du succès financier, c’est aussi une immense fierté d’avoir permis à une technologie destinée aux patients de progresser.

Qu’est-ce qui vous motive chaque jour ?

La possibilité de contribuer, à mon niveau, à l’émergence des traitements de demain. Quand vous investissez dans une biotech, vous ne pariez pas que sur la performance financière, mais aussi sur un espoir thérapeutique. Ce qui m’anime aussi, c’est la diversité du métier : lever des fonds, investir, accompagner les sorties. Trois casquettes, trois défis permanents. Le VC, c’est bien plus que choisir des start-up. C’est aussi savoir lever de l’argent, convaincre dans un contexte économique parfois très dur, et accepter un niveau de risque élevé. Dans le secteur des sciences de la vie, ce risque est décuplé. Mais quand un projet aboutit, l’impact est immense, aussi bien sur le plan humain que financier.

Et en dehors du bureau ?

Je suis un jeune papa, donc mes priorités ont forcément un peu évolué ! Mais j’ai deux passions assumées : la mode, même si ce n’est pas très répandu dans l’écosystème VC – on nous imagine souvent en doudoune Patagonia… – et les montres mécaniques. J’y retrouve cette précision, ce goût du détail et de l’ingénierie qui m’ont toujours attiré.

 

🔍Parcours

🔵 2009 : intègre SupBiotech, l’école des ingénieurs en biotechnologies

🔵 2014 : complète sa formation avec un master en management de la technologie et de l’innovation (MTI) dispensé par l’université Paris Dauphine, l’ENS et les Mines ParisTech

🔵 2015 : intègre Auriga Partners pour les investissements en sciences de la vie

🔵 2019 : rejoint Elaia pour développer l’activité Life Sciences de la BU deep tech

🔵 Janvier 2025 : devient associé d’Elaia

 

 

Propos recueillis par Béatrice Constans