Mélissa Cohen a co-créé le premier fonds infrastructure d’Eurazeo dédié à l’investissement dans des actifs de transition. Elle retrace son parcours, débuté en banque d’affaires avant de participer à l’émergence du capital-investissement dans les infrastructures en Europe.

DÉCIDEURS. Comment s’articule votre parcours ?

Mélissa Cohen. J’ai réalisé toute ma carrière dans le financement d’infrastructures. C’est auprès de la banque d’affaires Natixis que j’ai commencé. En quatre années d’expérience, j’ai vu émerger les premiers fonds d’investissement et leur approche m’a rapidement séduite. Ils intervenaient en amont sur les dossiers, avec un suivi plus attentif de leurs participations sur le long terme. C’est ainsi que j’ai rejoint, en 2011, le fonds Marguerite, qui se lançait à peine, soutenu par des institutionnels. J’ai beaucoup appris au sein de cette équipe très internationale qui était l’une des premières à financer des actifs liés à la transition énergétique. Nous avons ainsi été les premiers à nous positionner sur des marchés novateurs, comme le financement d’actifs dans les télécommunications pour l’installation de la fibre en région ou dans l’éolien offshore avec des réglementations bien différentes d’aujourd’hui.

Après dix ans à bord de cette aventure, du poste de junior à celui de senior, j’ai eu envie de découvrir de nouveaux horizons. Aux côtés de deux de mes collègues de chez Marguerite, nous souhaitions porter un projet davantage axé sur les aspects de durabilité et l’accompagnement opérationnel de sociétés. Nous avons alors rencontré la direction d’Eurazeo. Cette dernière souhaitait créer un fonds consacré au financement d’infrastructures. Elle nous offrait la possibilité de constituer nos équipes, mais surtout de disposer d’un bilan pour réaliser quelques transactions avant de lever notre premier fonds dans lequel ces investissements viendraient se loger. Ce projet très entrepreneurial s’est lancé dans une ambiance de start-up, en parfaite adéquation avec nos attentes. Cette période a aussi été marquée par l’arrivée de mes jumeaux. Un moment fort qui a rendu ma vie particulièrement intense sur les plans personnels comme professionnels.

"Nous ne voyons pas la durabilité comme une contrainte, mais plutôt comme un levier de création de valeur"

Comment s’est passée la levée de ce premier fonds ?

Entre 2022 et 2024, nous avons constitué une équipe de douze personnes d’une grande diversité culturelle. Nous avons réussi à réunir un fonds de 700 millions d’euros, de 40 % supérieur à notre objectif initial de 500 millions d’euros. Certes, nous avons bénéficié de la force du réseau Eurazeo, mais il est toujours difficile de lever un « first time fund », donc nous sommes très fiers du montant que nous avons atteint. Aujourd’hui, 70 % de cette poche d’investissement ont été déployés à travers sept sociétés en portefeuille. Nous prévoyons de lancer la levée du fonds II à horizon 2026.

Comment le rôle d’investisseur sera-t-il amené à évoluer durant les prochaines années ?

C’est une réflexion intéressante, mais complexe à mener étant donné l’incertitude qui règne actuellement. Il y a dix ans, il aurait été difficile d’anticiper la guerre en Ukraine, la pandémie de Covid-19 ou l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Sur mon marché, nous observons un certain désamour des thématiques ESG, en particulier des énergies renouvelables. Il y a encore deux ans, la transition énergétique était au coeur des préoccupations des investisseurs, parmi les sujets les plus en vogue. Aujourd’hui, l’accent est plutôt mis sur les grandes tendances du digital, avec en toile de fond l’émergence de l’IA. Le climat est une préoccupation publique et politique assez cyclique. Chez Eurazeo, nous ne voyons pas la durabilité comme une contrainte, mais plutôt comme un levier de création de valeur. Elle demeure au coeur de notre stratégie, et nous cherchons à nous entourer, que ce soit dans nos sociétés en portefeuille, mais également dans notre pool d’investisseurs, de personnes partageant cette vision. Nous allons donc continuer à investir dans des projets d’énergies renouvelables, de stockage, d’adoption de voitures électriques afin de contribuer aux objectifs de décarbonation.

🔍Parcours

🔵 2007 : débute chez Natixis en financement d’infrastructures à Londres puis à Paris

🔵2011 : rejoint le fonds Marguerite

🔵2021 : devient partner chez Eurazeo et co-crée le premier fonds infrastructure de la société de gestion

 

Propos recueillis par Tom Laufenburger