Après des débuts tumultueux entre les fonds et les dirigeants, la situation s’est apaisée. Cette semaine a été officialisée la création de l’Alesi, Alliance des entrepreneurs et des salariés investisseurs. L’association entend obtenir de Bercy un report d’imposition en cas de réinvestissement des managers et garde en ligne de mire un statut spécifique pour les dirigeants sous LBO.
Les managers sous LBO s’organisent et demandent un statut spécifique pour leur « manpack »
"Il est temps que les dirigeants actionnaires soient représentés au sein d’une association pour aller défendre leurs droits vis-à-vis des pouvoirs publics", a insisté Ronan Lebraut, président de LBO Club, un collectif de dirigeants sous LBO. C’est chose faite avec la création de l’Alesi, l’Alliance des entrepreneurs et des salariés investisseurs, qui a été officialisée cette semaine. Malgré des débuts "Rock’n’roll", d’après les mots d’Eric Maumy, CEO d’April, et à l’initiative de l’association, la situation entre les fonds et dirigeants s’est calmée.
Relations apaisées avec Bercy et France Invest
L’annonce de la réforme fiscale des managements packages et l’instauration d’un plafond pour les plus-values des managers avaient semé le trouble entre les deux corporations du private equity français. La stratégie des représentants des managers, consistant à créer une association et engager des discussions avec France Invest et les pouvoirs publics, a permis de faire entendre leur voix et d’apaiser les tensions. "Avec France Invest, nous sommes complètement alignés sur le fait qu’il faut absolument obtenir des inflexions sur le texte", a précisé d’emblée Eric Maumy. Côté administration, la grogne des managers sous LBO semble avoir été entendue. Ils ont été reçus à Bercy par Eric Lombard, actuel ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, et la direction de l’administration fiscale avec "un accueil, extrêmement favorable".
Report d’imposition
Maintenant que les conditions de dialogue sont réunies, l’objectif de l’Alesi est double. À court terme, l’association entend obtenir un report d’imposition. Pour les opérations concernées (celles qui atteignent 3 fois le multiple de performance financière de la société émettrice des titres durant leur période de détention), la taxation des gains des managers à 59 % est immédiate. Un prélèvement qui a pour conséquence à court termes de réduire la capacité des dirigeants sous LBO à participer au tour de capital suivant. Dans un premier temps, l’Alesi demande que l’impôt soit reporté en cas de réinvestissement du manager. Un souhait entendu par Bercy, qui devrait ajuster la législation fiscale à travers le Bofip, dès 2025.
Objectif ultime, concrétiser un régime de carried interest
À long terme, les représentants des équipes de management visent l’obtention d’un régime spécifique où la contrepartie de leur participation au capital serait considéréecomme une plus-value et non comme un salaire. En d’autres termes, ils demandent un traitement similaire à celui des carried interest des fonds. Eric Maumy a ainsi tenu à rappeler les enjeux de leur combat, soulignant les vertus du capital-investissement en tant qu’ascenseur social, en permettant aux managers la possibilité d’investir dans la société et donc d’accéder au capital. D’autre part, ces investissements constituent une ressource de financement pour l’économie française. En témoignent les aventures entrepreneuriales d’April mais aussi de Fives, Funecap ou encore Trescal ces dernières années.
Céline Toni