Un an après le rachat de SGEF à la Société Générale, BPCE présente sa stratégie "Boost 2030" : 10 milliards d'euros de production annuelle en leasing d'équipement, avec l'Allemagne comme laboratoire.
BPCE mise sur le vendor leasing pour devenir numéro 1 en Europe
En ce début de printemps, BPCE fait le bilan un an après le rachat, auprès de la Société Générale, des activités de financement de biens d'équipements pour entreprises. À cette occasion, le pôle Solutions et Expertises Financières avait convié la presse à Wuppertal, discret bastion de néanmoins célèbres fleurons industriels allemands — Bayer ou Vorwerk y ont posé les pierres de leurs premières usines, tout comme Gefa Bank, acteur historique du leasing outre-Rhin depuis 75 ans, intégré à BPCE depuis le rachat de SGEF pour 1,1 milliard d'euros en 2024.
"Devenir numéro 1 du leasing en Europe"
Ce premier anniversaire de l'acquisition était l'occasion pour BPCE de faire le point sur son modèle d'intégration et de présenter sa stratégie « Boost 2030 », qui fait la part belle au développement du leasing de biens d'équipement en France comme à l'international. Parmi les marchés dans le viseur du groupe bancaire, priorité à la France à travers sa filiale BPCE Lease — où le marché n'est pas encore assez exploité — et à l'Europe du Sud, grâce au récent rachat de 100 % du capital du portugais Novo Banco, quatrième banque du pays. D'ici 2030, BPCE Equipment Solutions annonce viser également une expansion au Brésil et aux États-Unis. À ce stade, le groupe bancaire entend "moins se concentrer sur la banque de détail" et chercher des relais de croissance à destination des entreprises pour "devenir numéro 1 du leasing en Europe ", a déclaré Fabrice Gourgeonnet, directeur général du pôle BPCE SEF. L'échec de la naissance d'un géant de la gestion d'actifs entre BPCE et l'italien Generali en décembre dernier n'a pas mis fin aux ambitions d'expansion internationale du groupe. Présentée comme un cas d'école en matière d'intégration, Gefa Bank est érigée par BPCE en référence stratégique. Spécialisée dans le vendor leasing — service que le groupe français entend déployer partout en Europe —, la banque allemande affiche 2,4 milliards d'euros de production pour la seule année 2025, soit près d'un quart de l'objectif annoncé par BPCE ES, qui vise les 10 milliards d'euros de production annuelle d'ici 2030 et en atteint aujourd'hui 6,5.
Un modèle éprouvé en Allemagne, à dupliquer en Europe
Le modèle développé par Gefa Bank a fait ses preuves dans "un pays qui aime beaucoup le leasing", souligne Fabrice Gourgeonnet, et où le marché est plus mature qu'ailleurs en Europe. Le principe repose sur le financement intégré d'équipements, distribués par les marques elles-mêmes : les solutions de leasing de Gefa sont par exemple proposées par Liebherr, fabricant d'engins de construction, ou par des concessionnaires de machines-outils. La banque a d'ailleurs débuté il y a 75 ans en proposant des solutions pour financer l'achat d'aspirateurs Vorwerk, rappelle Albrecht Haas, directeur général de Gefa — clin d'œil au cercle vertueux du bassin industriel que fut Wuppertal au début du siècle, et où Gefa Bank a toujours son siège. Déclinée depuis à de nombreux secteurs — agriculture, santé, énergie, transport —, l'enseigne compte aujourd'hui 550 distributeurs partenaires et 30 000 clients.
Tech, défense, santé : les nouveaux terrains de jeu du leasing
Pour les années à venir, BPCE ES entend développer le vendor leasing à l'international, mais aussi dans de nouveaux secteurs : la santé, l'énergie et la tech en priorité. Seront incluses des solutions de financement de CRM, d'IA sur mesure, ou encore des équipements de défense. Dans le cas de la tech, la question de l'adaptabilité du leasing peut se questionner. Le modèle repose sur la connaissance précise de la valeur de l'actif et sur la possibilité de le céder en occasion à la fin de la période de détention — ce qui vaut pour les secteurs historiquement ciblés. Pour des solutions CRM, cloud ou IA générative développées sur mesure, la cession comme la valorisation de l'actif se révèlent plus complexes. Fabrice Gourgeonnet se veut rassurant, les contrats de financement seront annuels, et non sur cinq ans comme pour des machines ou des véhicules. Pour ces actifs numériques « sur mesure », les entreprises deviennent captives de leurs outils et ne peuvent plus fonctionner sans ce qui est suffisamment rassurant pour les créanciers.
Quant au secteur de la défense, également dans le viseur de BPCE Equipment Solutions, les perspectives semblent favorables. La croissance allemande, bien qu'en ralentissement l'an dernier, devrait retrouver son rôle de moteur de l'économie européenne grâce à une impulsion budgétaire : le budget allemand prévoit une augmentation annuelle de 5 % des dépenses militaires jusqu'en 2029, en plus d'une hausse globale des investissements publics. En France, BPCE entend également adapter ses solutions d'affacturage pour financer le matériel militaire dès le bon de commande.
Le développement du financement de biens d'équipement sur le marché français reste ambitieux. BPCE n'y dispose pas encore d'offre de vendor leasing, mais compte bien y remédier — et se faire une place parmi des acteurs déjà établis comme BNP Paribas ou Crédit Agricole.
Céline Toni