Florent Haïk et Benoît O’Mahony, managing partners de la banque d’affaires Raphaël Advisory, détaillent l’ouverture récente d’une antenne à Singapour, et la montée en puissance du debt advisory.
Trois questions à Florent Haïk et Benoît O'Mahony, managing partners de Raphaël Advisory
Décideurs. Vous ouvrez un bureau à Singapour. Pourquoi l’Asie et pourquoi maintenant ?
Florent Haïk. L’Asie était sur notre feuille de route depuis longtemps. Dès 2015, nous avions la conviction qu’il fallait structurer la maison autour de trois piliers géographiques : l’Europe depuis Paris, l’Asie, et, à terme, les États-Unis. Nous voulons créer de vrais points d’ancrage. Singapour s’est imposée comme une évidence pour couvrir l’Asie du Sud-Est. Nous y sommes désormais cinq, en complément de l’équipe parisienne d’une quinzaine de professionnels. Cette ouverture s’est concrétisée avec l’arrivée de Nicolas Lebard en tant qu’associé. Professionnel expérimenté, il est présent dans la région depuis plus de vingt ans, et il a mené des opérations au Vietnam, en Thaïlande, en Inde, ainsi qu’en Malaisie.
Benoît O’Mahony. Par ailleurs, les flux entre l’Europe et l’Asie du Sud-Est sont en forte progression. Historiquement, nous accompagnions des entreprises européennes – souvent détenues par des fonds français – dans leurs acquisitions en Asie pour y chercher de la croissance. Aujourd’hui, le mouvement est bilatéral, de plus en plus d’investisseurs et de groupes asiatiques regardent l’Europe pour y acquérir des positions stratégiques. Nous croyons beaucoup à cette passerelle, et nous pensons que cette tendance va s’accentuer.
"Dans le contexte actuel, le marché est plus sélectif, environ un tiers des process échoue, un tiers aboutit à des valorisations décevantes, et seul un tiers crée réellement de la valeur." Florent Haïk, managing partner
Quelles sont les opérations emblématiques qui ont marqué votre actualité récente ?
B. O’M. Nous intervenons sur des opérations dont la valeur peut aller de 10 millions à plusieurs milliards d’euros. Nous maîtrisons la « grammaire » des deals dans tous les cas des segments small, mid et upper mid cap. Nous sommes particulièrement actifs sur les dossiers primaires, avec des entrepreneurs ou des familles très présentes au capital. Les entrepreneurs étant structurellement moins entourés d’experts, nous sommes très impliqués opérationnellement. Parmi les transactions récentes marquantes, nous pouvons citer le conseil d’Apheon dans le cadre du deuxième LBO de Haudecœur, aux côtés de Rothschild & Co, avec l’entrée du groupe LFPI comme actionnaire minoritaire via un fonds de continuation. Nous sommes également intervenus sur le refinancement unitranche de Quito, un acteur de référence des services cargo à destination des compagnies aériennes, pour le compte de son actionnaire Naxicap. Nous étions à l’œuvre également auprès des actionnaires de Tiempo Secure lors de son acquisition par Qualcomm, géant américain des semi-conducteurs. Et aussi sur la cession de Sparteo dans l’adtech à Raise. Par le passé, nous avons également été impliqués sur des transactions de grande ampleur, comme l’acquisition dans l’industrie des arômes et des parfums, de DRT à Ardian par Firmenich, il s’agit de l’acquisition la plus importante de l’histoire du groupe suisse avant sa fusion avec DSM.
F.H. : Dans le contexte actuel, le marché est plus sélectif, environ un tiers des process échoue, un tiers aboutit à des valorisations décevantes, et seul un tiers crée réellement de la valeur. Nous privilégions donc, lorsque c’est pertinent, des approches sur-mesure plutôt que des process standardisés.
Vous avez renforcé votre activité debt advisory. Quelle place occupe-t-elle aujourd’hui dans votre modèle ?
F.H. : Le debt advisory est devenu un axe stratégique. L’arrivée de Nicolas Cofflard en avril dernier, un ancien de DC Advisory, avec une équipe dédiée, a marqué une étape importante. Cela répond à une double logique. D’abord, sur les mandats d’acquisition pour des fonds d’investissement, disposer de la compétence en matière de dette améliore significativement notre capacité de conversion et d’exécution. De nombreux clients ne souhaitent pas piloter eux-mêmes la structuration du financement, ou préfèrent un conseil intégré. Ensuite, dans un environnement plus complexe, l’ingénierie financière a retrouvé un rôle central. Nicolas vient historiquement du monde bancaire, il a l’habitude de travailler avec les prêteurs, son expérience apporte une lecture fine des attentes crédit et des contraintes de structuration.
B. O’M. : Notre ADN implique également l’accompagnement des familles et des entrepreneurs. Notre rôle dépasse souvent la seule exécution technique et le savoir-faire en négociation. Nous accompagnons nos clients dans des moments où les enjeux professionnels et patrimoniaux sont cruciaux. Cela nécessite écoute, agilité, pugnacité et loyauté. Le debt advisory s’inscrit dans cette approche globale d’accompagnement.
Propos recueillis par Céline Toni