En 2025, les autorités de concurrence ont interdit moins d’opérations de fusion-acquisition selon le rapport « Global Trends in Merger Control Enforcement » publié par le cabinet d’avocats A&O Shearman, reposant sur l’analyse de 26 juridictions dans le monde, dont l’Union européenne, la Grande-Bretagne, les États-Unis et la Chine. Un nouvel équilibre redessine la pratique du M&A à l’heure où le maintien de la souveraineté industrielle demeure primordial.

Le contrôle des concentrations entre dans une phase de transition. Après plusieurs années de durcissement, la pratique semble évoluer vers une approche plus équilibrée. En 2025, seules huit opérations ont été interdites dans le monde, contre treize en 2024 et vingt en 2023. Dans le même temps, le nombre d’opérations abandonnées en raison de préoccupations concurrentielles est tombé à huit, contre vingt-six l’année précédente.

La majorité de ces décisions d’interdiction ou d’abandon ont été prises en dehors de l’Union européenne. Parmi les huit interdictions recensées, une seule a été prononcée au sein de l’UE, en Allemagne.

L’essor des autorisations sous conditions

Cette diminution du nombre d’interdictions ne traduit pas un relâchement du contrôle. Les autorités privilégient désormais davantage les solutions correctives permettant aux opérations d’aboutir.

En 2025, 95 transactions ont ainsi été autorisées sous réserve d’engagements, soit une progression de plus de 30 % par rapport à 2024. Les remèdes dits "comportementaux" comme les obligations d’accès, les engagements tarifaires ou encore les règles de gouvernance, représentent désormais près de 40 % des mesures acceptées au niveau mondial.

Des secteurs surveillés

Certains secteurs concentrent une part importante des interventions des autorités de concurrence. Celui des technologies fait l’objet d’une vigilance accrue : douze des quinze opérations dans ce secteur ayant soulevé des préoccupations concurrentielles ont finalement été autorisées, mais sous conditions.

À l’inverse, les autorités adoptent une ligne plus stricte dans les sciences de la vie et dans les secteurs liés aux dépenses contraintes des consommateurs. Distribution, alimentation, énergie et transports représentent ainsi près d’un quart des interventions des autorités de concurrence dans le monde.

Quid de l’Hexagone ?

La position française demeure toutefois prudente. Sur les quatre décisions conditionnelles rendues par l’Autorité de la concurrence en 2025, une seule – dans le dossier Vossloh / Sateba – reposait sur des engagements comportementaux, l’autorité privilégiant traditionnellement les remèdes structurels tels que les cessions d’actifs.

L’État cherche également à fluidifier l’examen des opérations afin de limiter l’impact du contrôle des concentrations sur les calendriers de fusion-acquisition. Dans plusieurs juridictions, les transactions ne soulevant pas de préoccupations concurrentielles font désormais l’objet d’un traitement accéléré.

En France, les dossiers dits "non problématiques" peuvent ainsi être traités rapidement dans le cadre du « pacte de confiance » mis en place en 2024 par le chef du service des concentrations, Jérôme Vidal, avec une décision rendue en principe sous 15 jours ouvrés à compter du dépôt du dossier complet.

À l’inverse, les opérations plus sensibles continuent de faire l’objet d’examens approfondis et de délais prolongés. En 2025, l’Autorité de la concurrence a eu recours à plus d’une douzaine de procédures dites d’"arrêt des pendules", afin de suspendre les délais d’analyse dans certains dossiers.

Dans ce contexte, la tendance observée en 2025 reflète "un rééquilibrage du contrôle des concentrations en faveur d’autorisations conditionnées à des remèdes plutôt que d’interdictions", souligne Florence Ninane, associée responsable du département droit de la concurrence d’A&O Shearman en France. Toutefois, cette dynamique se heurte aux contraintes procédurales introduites au niveau européen par le règlement sur les subventions étrangères (FSR), dont les exigences continuent de susciter des critiques.

Tom Laufenburger