Arnaud Petit (Edmond de Rothschild Corporate Finance): "La régionalisation de nos équipes est toujours une priorité"
Décideurs. Edmond de Rothschild Corporate Finance se structure avec de nouveaux recrutements, quel objectif motive ces arrivées ?
Arnaud Petit. Ces derniers mois, nous avons accueilli Manon Elbaz pour renforcer notre digitalisation en interne et notamment accélérer sur les usages que nous pouvons faire de l’intelligence artificielle. Elle vient du milieu start-up, notamment de la medtech, elle va nous aider à réduire nos tâches peu productives pour passer plus de temps sur celles à haute valeur ajoutée. Dans un marché du M&A small & mid-cap de plus en plus concurrentiel, la transformation digitale devient un levier stratégique pour accélérer l’exécution, optimiser la gestion des dossiers et renforcer notre avantage compétitif. Concrètement, nous cartographions les outils existants sur le marché (IA de screening, automatisation du sourcing, data room intelligente, assistants de modélisation, outils de knowledge management, entre autres) et sélectionnons ceux qui répondent vraiment à nos enjeux: gagner du temps sur l’analyse, sécuriser l’exécution, améliorer la qualité et l’efficacité. L’objectif est d’équiper nos équipes avec des solutions immédiatement opérationnelles et testées en contexte réel, pour qu’elles puissent se concentrer sur ce qui crée de la valeur pour nos clients.
Quentin Bonniot. Mon rôle consiste à accompagner le codir sur l’origination des dossiers en me focalisant sur le primaire. L’idée est de créer du lien avec les dirigeants pour les accompagner dans la durée et les sensibiliser à certains mécanismes financiers, afin de les aider à nourrir leurs réflexions. À la demande de nos clients, nous développons également une offre de buy and build qui fonctionne bien, portée notamment par la force de la marque Edmond de Rothschild. Un sésame qui nous ouvre de nombreuses portes. Notre souhait est aussi d’être de plus en plus présent auprès des 60 banquiers privés qui couvrent la France, afin que leurs clients pensent spontanément à nous lorsqu’ils ont des sujets capitalistiques et ainsi internaliser l’ensemble de la palette de conseil que nous pouvons proposer.
Alexandre Aron-Brunetière. Effectivement, notre approche se distingue par l’accompagnement sur la durée que nous garantissons à nos clients. Par exemple, nous venons de boucler la sortie de Capza et l’entrée d’ICG au capital de Magellan Partners, pour une valorisation proche du milliard d’euros. Un groupe toujours détenu majoritairement par son management et pour lequel nous avons déjà réalisé une quinzaine d’opérations en dix ans.
"La transformation digitale devient un levier stratégique pour accélérer l’exécution, optimiser la gestion des dossiers et renforcer notre avantage compétitif".
Concernant la passerelle entre notre activité de fusions-acquisitions et celle de banque privée, elle est de plus en plus fructueuse. Aujourd’hui, je remarque qu’une véritable émulation se crée. Les clients de cette branche ont de plus en plus conscience qu’ils peuvent maximiser leur cahier des charges, que ce soit pour vendre leur société ou en acquérir grâce aux synergies entre les deux activités. C’est, bien entendu, toujours l’une de nos priorités stratégiques.
Depuis plusieurs années vous accentuez votre ancrage régional, est-ce toujours le cas en 2025 ?
A. P. Même si nous nous développons de manière croissante depuis plusieurs annéeset que nous intervenons désormais sur des opérations de large ou upper mid-cap, notre priorité est de conserver notre positionnement incontournable sur le segment du small-cap. Dans cette optique, la régionalisation de nos équipes reste un axe majeur, d’ailleurs, nous continuons à recruter massivement pour augmenter notre force de frappe. En cette fin d’année, nous avons le plaisir d’accueillir Nicolas Manceau en tant qu’associé, afin d’ouvrir notre bureau à Nantes. Notre ambition est claire, disposer d’un bureau Corporate Finance dans chacune des villes où les banques privées sont déjà présentes, à savoir Paris, Nice, Marseille, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Lille et Strasbourg, afin de consolider la coopération entre les équipes.
Vous disposez d’expertises sectorielles particulièrement approfondies, avezvous consolidé votre approche sur certaines spécificités ?
A. P. La santé est une verticale sectorielle très concurrentielle, sur laquelle nous sommes très présents et que nous souhaitons continuer à approfondir. Grâce à Raphaël Compagnion et Alexandre Aron‑Brunetière, nous avons fait énormément de travail pour renforcer notre approche sur la tech depuis dix-huit mois, ce qui nous a permis de remporter de beaux mandats. Nous poursuivons notre stratégie d’avoir un associé référent pour chacune de nos expertises sectorielles. Ainsi, dans l’éducation, malgré un marché plus calme cette année, nous continuons d’être actifs sur ce segment, supervisé par notre associé Thomas Hamelin, tout comme en immobilier avec Julien Béraud et Vanessa Guyot-Sionnest pour les actifs réels, dans l’impact & Infra avec Pierre Boscher, dans les secteurs Tourisme/ Loisirs et agroalimentaire avec Jonathan Jacquin où nous avons finalisé de belles opérations, ou encore les Business services qui est un secteur très protéiforme et suivi chez nous par Nicolas Durieux, Julien Donarier et moi- même. Aujourd’hui, le secteur de l’expertise comptable se consolide fortement. Deux associés : Julien Beraud et Benjamin Zayat suivent avec attention ce secteur, en étant présents sur les plus gros dossiers de place. Nous avons ainsi conseillé Andera Partners dans le cadre de son entrée au capital de Numans, Naxicap dans le cadre de son entrée au capital d’Amarris et Audit CPA dans le cadre de son refinancement. Grâce à un travail conjoint entre nos équipes et celles de la banque privée, nous avons su identifier très en amont les perspectives de consolidation du secteur, ce qui nous permet de disposer d’un temps d’avance pour conseiller nos clients de la meilleure manière. Pour 2026, notre objectif est aussi de diversifier notre activité afin de trouver un meilleur équilibre entre sell-side et buy-side. Aujourd’hui, 80 % de nos dossiers se font à la vente, ce qui fait notre fierté, mais nous souhaitons renforcer notre présence côté acheteur c’est pourquoi nous avons recruté, fin 2024, Benjamin Zayat qui est en charge de cette practice, afin d’accroître notre résilience face aux fluctuations du marché. En 2025, le marché semble grippé, même si vous conservez une belle activité.
"Nous venons de boucler la sortie de Capza et l’entrée d’ICG au capital de Magellan Partners, pour une valorisation proche du milliard d’euros".
Quelles perspectives anticipez-vous pour le marché en 2026 ?
A. P. Pour les fonds d’investissement, la période est complexe : ils peinent à revendre leurs participations à la hauteur des niveaux de valorisation auxquels ils sont entrés au capital des entreprises. Dans ce contexte, ils rencontrent des difficultés pour remonter des liquidités vers leurs LP’s et, en conséquence, lever de nouveaux fonds. Pour rester actifs et tenter de rentabiliser leurs investissements, les fonds développent désormais de nouvelles solutions alternatives, comme les fonds de continuation, qui se multiplient à travers l’Europe. Cependant, ils ne peuvent pas utiliser cette solution pour l’ensemble de leurs participations. Le marché devrait reprendre ainsi que les sorties, ne serait-ce que pour relancer le roulement dans les portefeuilles et les financements des sociétés de gestion. À mon sens, le marché devrait repartir au deuxième semestre de l’année 2026, voir au début de l’année 2027. Nous serons prêts à accompagner ce mouvement lorsqu’il se produira.
Propos recueillis par Tom Laufenburger