Louis-Philippe Vasconcelos (BNP) : "Dans le M&A, il faut savoir être intrépide et créatif, mais toujours avec discernement"
Décideurs. Quel a été votre parcours avant votre arrivée chez BNP Paribas ?
Louis-Philippe Vasconcelos. J’ai une formation classique de juriste, complétée par un diplôme d’avocat. Je me destinais à travailler au sein d’organisations internationales. La diplomatie et la négociation me passionnaient. J’ai d’ailleurs commencé ma carrière chez Interpol, à Lyon. Si la mission était enrichissante, j’y ai perçu une certaine lenteur, inhérente à ces institutions, et j’ai préféré revenir au droit des affaires. C’est à ce moment-là que j’ai intégré Renault au moment de l’alliance avec Nissan, un deal gigantesque. Nous étions une petite équipe et j’ai eu la chance de participer à des négociations aux quatre coins du monde, en Amérique latine, au Japon, au Mexique… Une expérience qui a été une véritable école de la négociation multiculturelle. Parallèlement, j’ai suivi une formation en comptabilité et finance à l’ESCP pour mieux appréhender la dimension économique des opérations.
Alors que vous étiez avocat, vous n’avez jamais voulu travailler en cabinet d’avocat ?
Si, au bout de quatre ans, j’ai eu envie de tenter l’expérience du cabinet. J’ai alors rejoint Coudert Brothers, le premier cabinet américain implanté à Paris où j’ai travaillé sur des dossiers très variés : des projets d’acquisition pour Pernod Ricard à l’international ou encore pour les fromageries Bel. Mais j’ai ressenti une certaine perte d’autonomie, notamment lors des négociations et le poids d’une structure très hiérarchisée. Lorsque le bureau parisien de Coudert a été repris par Dechert, j’ai été approché au même moment par BNP Paribas pour intégrer Arval, sa filiale de leasing automobile, en tant que responsable juridique international. L’entreprise connaissait une forte expansion, avec beaucoup d’opérations de croissance externe. Par la suite, j’ai intégré l’équipe groupe, que je dirige aujourd’hui. Notre périmètre couvre tous les métiers du groupe BNP Paribas.
Quel deal vous a le plus marqué ? Récemment, l’acquisition d’Axa IM, finalisée le 1er juillet, a été particulièrement exigeante. La cession de Bank of the West, notre filiale américaine, pour 16 milliards de dollars, reste aussi une transaction mémorable. Quelles sont, selon vous, les qualités essentielles d’un bon directeur M&A ? Il faut savoir être courageux et être prêt à prendre des décisions, mais toujours avec discernement, pour identifier les vrais risques et agir malgré l’incertitude. Enfin, il faut faire preuve de flexibilité, surtout quand on travaille sur des opérations internationales. Négocier avec des Néerlandais est très différent de traiter avec des Japonais ou des Italiens. Il faut avant tout savoir s’adapter au contexte culturel et à la contrepartie. L’agilité mentale est clé.
"Dans le M&A, il faut au contraire savoir décider malgré l’incertitude, ce qui demande une vraie gymnastique mentale et suppose de développer son "judgment call"
Comment conciliez-vous cette culture du risque avec votre formation juridique ?
C’est tout le paradoxe. Les juristes sont formés à anticiper et à encadrer les risques, moins à les prendre. Dans le M&A, il faut au contraire savoir décider malgré l’incertitude, ce qui demande une vraie gymnastique mentale et suppose de développer son "judgment call". La plupart de mes collaborateurs viennent de cabinets d’avocats, car ils ont été rodés aux demandes exigeantes de leurs clients et sont habitués à apporter des solutions innovantes tout en pointant les vrais dangers.
Comment décompressez-vous en dehors du travail ?
Je joue de la guitare électrique, plutôt rock et métal. Et je cours beaucoup, surtout des courses de trail. L’endurance et la volonté sont des qualités qui me portent dans mon métier. Courir, c’est apprendre à gérer l’effort, à maintenir son cap. Je participe régulièrement à des trails entre 25 et 35 km, ainsi qu’au marathon de Paris. Des courses pendant lesquelles je croise de nombreux confrères.
🔎Parcours
- 2000 : sort diplômé en droit de La Sorbonne et de Panthéon Assas et réalise sa première expérience professionnelle chez Interpol
- 2001 : intègre Renault à l’époque de la fusion avec Nissan, et parcourt le monde au gré des opérations qu’il accompagne
- 2003 : après un DESS en droit des affaires, intègre l’ESCP en master finance et fiscalité
- 2005 : rejoint le cabinet d’avocats Coudert Brothers LLP après plus de 3 ans et demi chez Renault
- 2006 : intègre BNP Paribas, d’abord en tant que head of Legal Corporate, puis en M&A
- 2015 : occupe depuis dix ans la direction M&A Legal du groupe
Propos recueillis par Céline Toni