Fanny Pestel est directrice M&A de Danone depuis un an et demi. Alors qu’elle s’apprête à mettre le cap vers le marché américain en 2026, elle revient sur le parcours qui l’a menée des banques d’affaires aux fonds d’investissement, puis chez Bouygues, Equans et au sein du groupe alimentaire français.

Décideurs. Quel est le parcours qui vous a mené jusqu’ici ?

Fanny Pestel. Après avoir obtenu mon master en finance et stratégie à Science Po Paris, j’ai commencé ma carrière chez Lazard où j’ai passé deux ans. J’ai ensuite enchaîné deux expériences dans des fonds d’investissement, d’abord chez Weinberg Capital Partners puis chez Argos Wityu où j’ai évolué jusqu’au poste de senior associate. En 2020, lorsque j’ai choisi de rejoindre Bouygues, j’ai travaillé sur le projet de fusion entre TF1 et M6 en pleine pandémie de Covid-19. Mais ce rapprochement a avorté, Bouygues a alors souhaité faire l’acquisition d’Equans, acteur majeur des services multitechniques accompagnant la transition énergétique, numérique et industrielle. Cette opération m’a particulièrement occupée, puisqu’Equans est devenu le métier le plus important de Bouygues, pour une valeur d’acquisition de six milliards d’euros. Il représente dix-neuf milliards d’euros de chiffre d’affaires à travers le monde et contribue fortement au cash-flow du groupe. Une fois le deal closé, j’ai participé à l’intégration de cette nouvelle entité au sein du groupe avant de rejoindre Equans en tant qu’Head of M&A. L’entreprise était issue d’un carve-out d’Engie et devait céder certains actifs pour recentrer son activité. Pendant presque deux ans, j’ai contribué à la mise en oeuvre de la stratégie M&A et à la rationalisation du portefeuille. Cependant, n’étant pas ingénieur de formation, j’ai ressenti le besoin d’aller vers un groupe dont le sous-jacent me parlerait davantage. J’ai donc rejoint Danone comme directrice M&A en 2024, avec l’envie d’évoluer vers un poste plus opérationnel.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer du conseil en fusion-acquisition pour rejoindre le coeur du réacteur corporate, en intégrant Bouygues en 2020 ?

En banque ou en fonds, j’avais l’impression que nous menions des projets avec une vision souvent court-termiste, qui ne reflétait pas suffisamment le business model des entreprises que nous accompagnions. Je souhaitais donc me rapprocher du coeur des sociétés, mais aussi mieux comprendre leur culture. Le M&A en entreprise bénéficie, à mon sens, d’une approche humaine et opérationnelle qui rend les projets de fusions-acquisitions bien plus stimulants.

"En banque ou en fonds, j’avais l’impression que nous menions des projets avec une vision souvent court-termiste, qui ne reflétait pas suffisamment le business model des entreprises que nous accompagnions"

Un an et demi après votre arrivée, comment se passe le M&A chez Danone ?

Nous sommes une quinzaine de personnes en Europe pour gérer les aspects juridiques et financiers des opérations de fusions-acquisitions, les joint-ventures, ainsi que leurs intégrations. Une équipe spécifique, basée en Asie, traite les opérations liées à ce continent. Depuis mon arrivée, j’ai travaillé en particulier sur l’acquisition de Kate Farms, une société américaine spécialisée dans la nutrition médicale. Cette opération nous permet d’asseoir notre position sur ce segment, mais aussi d’accroître notre présence sur le marché américain. Début 2026, je rejoindrai l’équipe dirigeante de la division de nutrition médicale aux États-Unis pour piloter les transformations nécessaires à son développement. Je pars à Boston avec mon mari et nos deux enfants pour occuper un poste davantage orienté vers les aspects opérationnels, grâce à mon expérience en M&A, comme je le souhaitais.

Vous rejoignez donc Kate Farms aux États-Unis à partir de 2026. Le marché américain est un marché réputé difficile, d’autant plus depuis quelques mois avec les tensions géopolitiques. Vous n’avez pas d’appréhension ?

Le marché américain demeure extrêmement attractif. Il est certes complexe, mais surtout difficile à pénétrer pour une entreprise européenne. La croissance externe est un très bon moyen de s’y faire une place, tout en conservant les dirigeants historiques aux manettes, car ils connaissent mieux que quiconque la culture de leur pays et les rouages de leur économie. Sur le plan personnel, je suis ravie de cette opportunité qui s’offre à moi, Boston est une ville dynamique et inspirante.

 

​​🔎Parcours :

  • 2014 : commence sa carrière comme analyste chez Lazard
  • 2016 : bifurque vers le capital-investissement chez Weinberg Capital Partners
  • 2017 : rejoint Argos Wityu en tant que Senior Associate
  • 2020 : intègre Bouygues comme M&A Manager
  • 2022 : devient Head of M&A chez Equans
  • 2024 : rallie Danone comme directrice M&A

 

Propos recueillis par Tom Laufenburger