Malgré un ralentissement du marché, les opérations de fusions-acquisitions se poursuivent sous de bons auspices. Retour sur les principales opérations qui ont porté le marché des M&A, avec la cession d’Opella par le groupe Sanofi au fonds d’investissement américain CD&R pour 16 milliards d’euros, suivi de près par la fusion de BNP Paribas avec Axa IM pour un montant total de 5 milliards.

Les taux d’intérêts élevés, en plus du contexte géopolitique incertain, ont exercé une pression constante sur les rendements des opérations en 2024. Le nombre de transactions M&A a enregistré un recul cette année, mais les méga-deals portent le marché en France comme dans le reste du monde.

BNP Paribas AM, un nouveau leader en gestion d’actifs

Annoncée dès le mois d’août 2024, l’opération de rachat d’AXA IM par le groupe BNP Paribas a été valorisée à plus de 5 milliards d’euros. Ce rapprochement permet à la nouvelle entité de détenir un encours d’actifs de plus de 2000 milliards – 1500 milliards d’euros côté BNP et 850 milliards pour AXA IM – et d’être positionnée parmi les leaders du marché européen, derrière Amundi et UBS AM. Toutefois, bien que le mariage ait déjà eu lieu, la fusion s’annonce des plus complexes, notamment sur le volet relatif à l’intégration de l’ensemble des salariés des deux entités qui en comptent 4800 au total.

L’opération s’est fait loin des considérations de Bercy, totalement opposé à la cession des actifs français aux américains

Cession d’Opella par Sanofi à Clayton, Dubilier & Rice

Côté actifs stratégiques, une opération a bousculé le marché et occasionné une levée de boucliers, en particulier auprès de défenseurs de l’industrie et du savoir-faire tricolore : la cession de 50 % de la branche d’Opella, qui produit et commercialise le fameux Doliprane appartenant au groupe Sanofi, à l’américain CD&R (Clayton, Dubilier & Rice) pour une valorisation nette de 16 milliards de dollars. L’opération s’est fait loin des considérations de Bercy, totalement opposé à la cession des actifs français aux américains. Malgré la pression des pouvoirs publics, les dirigeants de Sanofi ont maintenu leur position.

"CD&R a déjà démontré son expertise unique de la grande consommation, dans le respect des consommateurs, des communautés, ainsi que des équipes et des valeurs des entreprises qu’il accompagne. (…) Sanofi peut désormais se concentrer davantage sur les solutions innovantes à apporter aux patients qui souffrent de maladies invalidantes ou mortelles telles que le VRS [un virus respiratoire qui affecte notamment les nourrissons de moins d’un an, Ndlr], la BPCO [La bronchopneumopathie chronique obstructive, Ndlr] ou la sclérose en plaques", a déclaré Paul Hudson, directeur général du groupe Sanofi. Des propos qui n’ont pas manqué de faire bondir les parlementaires français qui, outre une pétition visant à annuler la cession, ont requis le lancement d’une procédure de contrôle des investissements étrangers. Le fonds tricolore PAI Partners, positionné face à Clayton sur cette transaction, a pourtant proposé une feuille de route garantissant le maintien des emplois en France, en plus de l’intégration d’un membre de Bpifrance au futur conseil d’administration. Résultat, les Américains ont obtenu l’aval des membres du conseil d’administration du groupe Sanofi. La clôture de la transaction serait, quant à elle, prévue dans le courant du second trimestre 2025.

La FDJ s’offre le suédois Kindred

La Française des Jeux (FDJ), cotée en Bourse depuis 2019, vient de s’offrir le suédois Kindred positionné sur le segment des jeux en ligne, pour une valeur nette de 2,6 milliards d’euros. Après une OPA annoncée en janvier 2024, le groupe héritier de la loterie française poursuit sa politique de diversification et ses opérations cross-border, notamment après le rachat en 2023 de ZEturf, second opérateur du marché français des paris hippiques en ligne, pour une valorisation nette de 175 millions d’euros. Kindred, un des principaux opérateurs mondiaux de jeux en ligne, avec des activités s’étendant en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, revendique un chiffre d’affaires d’environ 893 millions de livres sterling en 2023.

Lactalis USA compte près de 4000 salariés pour 11 sites de fabrication

Acquisition des marques de General Mills par Lactalis et Sodiaal

Sur le segment de l’agroalimentaire, l’américain General Mills a récemment conclu un accord pour la cession de ses activités nord-américaines de produits laitiers, au profit des sociétés françaises Lactalis et Sodiaal pour un montant total de 2,1 milliards de dollars. Les marques cédées seront Yoplait, Liberté, Go-Gurt, Oui, Mountain High, ainsi que les sites de production de Murfreesboro (Tennessee), Reed City (Michigan) et Saint-Hyacinthe (Québec). Lactalis USA compte près de 4000 salariés pour 11 sites de fabrication. À terme, l’activité américaine sera intégrée à la société Lactalis, tandis que Sodiaal reprendra l’activité canadienne. Cette transaction, toujours en attente des autorisations réglementaires, devrait être finalisée à horizon 2025.

Rachat d’Altice Média par CMA CGM

Le groupe CMA CGM, via sa holding Merit France, s’est offert en juillet dernier 100 % du capital d’Altice Media sur la base d’une valeur d’entreprise d’1,55 milliard d’euros. Le géant mondial du fret et de la logistique, dirigé par Rodolphe Saadé, avait annoncé ce projet d’acquisition pour constituer un pôle média de référence avec des contenus d’information, de sport et de divertissement. CMA CGM déjà propriétaire de La Provence, Corse-Matin, La Tribune et La Tribune Dimanche, et d’une participation de plus de 10 % au sein du groupe M6, a déjà obtenu le feu vert de l’Autorité de la concurrence et de l’Arcom pour la réalisation de cette transaction. Une tendance aux grands rapprochements émerge nettement dans les secteurs de la banque et des assurances, de l’agro-alimentaire et des médias. Si la période semble incertaine, une augmentation de l’activité côté vendeurs se dessine en coulisses, laissant présager un rebond des opérations M&A dans les mois à venir, avec à la clef, davantage d’actifs de qualité sur le marché.

Céline Valensi