Charlotte Chauvel a la fonction de CFO dans les veines. Lauréate du prix de la Fondation HEC pour sa thèse sur le retournement d’entreprise, elle est aujourd’hui CFO de Neotiss, un spin-off industriel de Vallourec. Rencontre avec une CFO qui porte ses fonctions avec pugnacité et convictions.
Charlotte Chauvel (Neotiss): "Le métier de CFO a une dimension régalienne"
Décideurs. D’où venez-vous ?
Charlotte Chauvel. J’ai grandi à Lyon et j’ai choisi la finance parce que je cherchais à comprendre le fonctionnement interne des organisations, à décoder les ressorts de la performance collective et à m’investir dans des contextes de changement. Après des études en économie et finance, j’ai débuté comme contrôleur de gestion au Club Med. J’y ai appris à piloter la performance, dans un secteur exigeant soumis aux aléas conjoncturels, tels que les printemps arabes et l’éruption d’un volcan en Islande. J’y suis restée huit ans, vivant une expérience humaine et professionnelle très riche, une OPA et collaborant aux côtés d’Henri Giscard d’Estaing, alors président du Club Med. Mais je voulais sortir du tourisme et découvrir d’autres secteurs d’activité. Mes premières expériences professionnelles m’ont permis d’explorer différents secteurs avant de trouver ma voie dans l’industrie.
Qu’est-ce qui vous attire dans l’industrie, surtout en tant que femme ?
Dans l’industrie, les opérationnels jouent un rôle majeur et elle offre un terrain d’expression où la rigueur financière rencontre l’innovation. Les environnements masculins ne m’ont jamais freinée. Adolescente, je faisais du tir sportif après avoir pratiqué la danse classique pendant près de dix ans. Au club de tir, on riait en me voyant arriver avec mon pistolet à 16 ans, mais, quand j’ai commencé à gagner des médailles, plus personne ne riait. Être sous-estimée m’a toujours amusée.
Est-ce facile de changer de secteur quand on travaille dans une direction financière ?
Chaque secteur a sa richesse. Un bon CFO doit savoir exercer son métier partout. Après le Club Med, j’ai rejoint Manutan, puis la branche logistique et transport de marchandises du groupe SNCF, dont Geodis, un groupe logistique de 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Ensuite, chez Fraikin, j’ai eu un périmètre opérationnel étendu avec une dizaine de collaborateurs et j’ai traversé des crises comme une cyberattaque ou un plan social. J’y ai découvert les contraintes d’un LBO, avec plus d’un milliard et demi de dettes à gérer. Ces expériences m’ont donné envie de renforcer ma boîte à outils. En 2022, j’ai donc repris un executive Master à HEC.
Pourquoi reprendre des études à ce moment-là, alors que votre parcours vous donnait déjà une vision à 360° des directions financières ?
Reprendre des études, c’était accepter de sortir à nouveau de ma zone de confort et de me confronter à de nouvelles méthodes et à l’intelligence collective. J’avais envie de prendre du recul, d’ouvrir ma réflexion à d’autres secteurs et cultures d’entreprise. Ce cycle m’a apporté une vision plus stratégique de mon métier. Ma thèse portait sur le retournement d’une ETI, que j’ai appliquée au cas de Fraikin. Le travail réalisé chez Fraikin pendant mon parcours à HEC m’a valu deux prix. C’est une grande satisfaction qu’il ait pu être exploité en interne. Après cela, je souhaitais un poste de CFO à temps plein dans une PME ou une ETI industrielle. J’ai alors rejoint Winncare, un acteur de la santé préventive, puis Neotiss, un spin-off de Vallourec spécialiste de la métallurgie de haute précision qui équipe notamment 70 % des centrales nucléaires dans le monde.
"Reprendre des études, c’était accepter de sortir à nouveau de ma zone de confort et de me confronter à de nouvelles méthodes."
Pour vous à quoi reconnaît-on un bon CFO ?
Un CFO a les moyens qu’il se donne. C’est un métier exigeant qui demande beaucoup de rigueur, de don de soi et de savoir inspirer confiance au DG, afin de traduire une pensée stratégique en actions concrètes. Le CFO a une dimension régalienne : l’objectif n’est pas seulement d’être un super fiscaliste ou un expert du contrôle de gestion, mais de comprendre tous les sujets et de créer de la valeur collectivement.
🔎 Parcours
- 2007: intègre le Club Med en tant que contrôleur de gestion
- 2015 : arrive chez Manutan
- 2018 : devient responsable contrôle de gestion du pôle logistique et transport de marchandises de la SNCF composé entre autres de Geodis
- 2020 : rejoint Fraikin en tant qu’Head of Controlling et CFO intérimaire
- 2024-25 : reçoit le Prix Fondation HEC et Marc Salez à l’occasion d’un Global executive Master
- 2024: devient CFO de transition chez Winncare France
- 2025 – aujourd’hui : CFO du groupe Neotiss
Propos recueillis par Céline Toni